De Chymqent à Almaty.

Le chemin des écoliers

Tout d’abord, je m’excuse auprès de mes lecteurs pour le retard. La fatigue et les très nombreuses sollicitations m’ont beaucoup entravé dans la rédaction de ce billet.

Je dispose de plus de temps qu’il n’en faut pour rallier Almaty. J’ai donc pris le temps de m’y rendre.

En roulant vers l’Est, dans le Sud du Kazakhstan, je ne m’attendais pas à des paysages contrastants radicalement avec ceux que j’ai vu en me rendant vers le Nord à Kyzylorda.

Fini les plaines désertiques, la chaleur accablante et le manque d’eau.

Voilà que je me mis à traverser des vallées verdoyantes avec une rivière coulant en son fond. Sur ma droite, vers le Sud, j’apercevais les contreforts du massif de l’Altaï avec ses sommets recouverts des neiges éternelles. J’étais proche de la frontière avec le Kirghizistan.

J’ai traversé aussi des steppes et des plaines arides avant d’arriver à Taraz mais elles étaient moins étendues que celles que j’avais traversé en me rendant à Kyzylorda.

J’avais projeté de me rendre au lac de Balkhach et j’en avais pris le chemin. Or, j’ai subi de multiples crevaisons sur les pneus de ma remorque : à ce jour, le pneu gauche comporte 14 rustines et le droit 13… Et je me suis débarrassé du pneu de rechange car il était inutilisable.

Alors que j’avais dépassé Chou (Шу) d’une cinquantaine de kilomètres en empruntant des routes dans un sale état : les voitures roulaient à 40 km/h, les camions à 25 et moi à 10-15, j’avais encore crevé…

En réparant, je m’aperçut qu’il ne me restait quasiment plus de colle pour mes rustines et que les probabilités d’en trouver par la suite étaient faibles étant donné que je n’allais traverser que des petits villages par la suite en empruntant des routes à crevaisons…

Des routes bien sympathiques

Dans la même période, au sortir du magasin de Мархабек (Marbek) à Brlik, ma pédale gauche se décroche du vélo… Ayant perdu mon outil multifonction avec toutes ses clefs Allen, j’étais dans l’impossibilité de fixer ma pédale. Мархабек m’arrange les choses et demande à l’un des ses clients de me rapporter une clef Allen, ce qu’il fait et les choses rentrent dans l’ordre.

Marbek et son petit fils

Dans l’entrefait, Мархабек me propose de boire le cay (thé). J’accepte. Boire un cay en Asie Centrale ne consiste pas à boire seulement un thé mais également à manger une salade de tomate, un morceau de pastèque, des kurts, du pain, de la charcuterie, des friandises et c… J’aurais pu dormir chez mon hôte si je l’avais souhaité mais je souhaitait me lever tôt le lendemain matin. Je quitte Мархабек qui m’offre les marchandises que j’ai pris dans son magasin et je continue ma route.

Je pédale toujours en direction du lac de Balkhach, vers le Nord et je bivouaque à proximité d’un russeau, dans un cadre magnifique, si beau que je décide d’y rester une journée pour me poser et réfléchir à la suite de mon trajet.

Un invité surprise au bivouac

Pour récapituler, ma pédale se décroche et je n’ai pas de clef Allen et la colle à rustines me fait défaut. De plus, il n’y a plus que des petits villages avant Balkhach. De fait, le risque est trop grand que je tombe en rade, d’autant que la route qui mène vers le lac que je désire admirer est en très mauvais état et, est susceptible d’accentuer les problèmes mécaniques et pneumatiques de mon vélo. Je préfère renoncer et revenir ses mes pas – ou plutôt sur mes traces de pneus.

Ce fut une grande sagesse puisqu’à Chou, alors que je m’étais arrêté pour déjeuner, ma pédale se décrocha derechef au sortir du restaurant. Dans mon malheur, j’ai eu la chance de tomber en rade près d’un garage automobile. Je tombe sur un jeune homme, Nourik, à qui je demande de me prêter une clef Allen. Il me dépanne et la pédale est re-re-fixée. Toutefois, je lui demande où acheter des clefs Allen – il me désigne un magasin situé à une centaine de mètres de son garage et m’accompagne. Hélas, nous faisons chou blanc. Ni une, ni deux, il me lance -« let’s go » et se dirige vers son auto. Il réveille deux de ses amis qui dormaient dans la voiture et démarre en trombe avec un crissement de pneu. Nous faisons quelques kilomètres et cette fois, nous trouvons le Graal, un jeu de clef Allen. Je m’apprête à payer mais 2Nourik a sorti son billet et refuse que je paie. Je suis vraiment ému, encore une fois, de la générosité et de la bonté des Kazakhs.

Continuant ma route, je me suis arrêté près de la rivière Chou (Шу) pour bivouaquer… Trouvant le lieu magnifique, j’y suis resté deux nuits. Les hordes de chevaux et les troupeaux de vaches paissaient sous l’oeil des colonies de corbeaux et des faucons qui tournoyaient.
Une journée pour recharger les batteries et soulager mon genou droit, qui par accès, me fait mal.

La rivière Chou

Si paradisiaque que soit l’endroit, il fallait quand même reprendre la route et viser la ville de Kordaï.
Avec le vent dans le dos, atteindre cette ville fut facile mais après, ce fut une autre paire de manche.

Les steppes se transforment en montagnes


Non seulement la route s’élevait mais en plus, j’avais un vent de face à décorner les vaches…


Me voyant peiner dans la pente, un Kazakh s’est arrêté et m’a proposer de mettre le vélo dans son coffre pour aller en haut de la côte. j’ai refusé poliment et en compensation, j’ai eu des tomates.


Le paysage qui m’entourait était de toute beauté et ce fut la vraie récompense de l’effort. Des petites montagnes relativement verdoyantes s’offraient à mon regard.

Après la descente, un nouveau tableau surprenant s’étalaient devant moi : une immense plaine aride d’un côté de la route et des petites montagnes à la végétation desséchée de l’autre.

C’est dans cet environnement lunaire et écrasé par la chaleur que j’ai réussi à trouvé un coin dénué d’eau mais tellement tranquille pour dormir.

Les kilomètres me séparant d’Almaty étaient maintenant à portée de pédale. Il me restait encore deux jours environ avant d’atteindre mon but. C’est alors que j’ai pris conscience de la fin de mon épopée. De nombreuses images mon sont revenues en tête : la vision bucolique de la Seine après Baigneux-les-Juifs, mes journées à rouler sous la pluie en France et en Suisse, le col de Riegder en Autriche et les magnifiques paysages de la Bavière Allemagne, l’ambiance de Belgrade, l’accueil des Turcs et les chats d’Istanbul, Tbilissi, la chaleur de Nukus ainsi que tous les visages de mon voyage et toutes les rencontres qui sont pour moi une vraie richesse.

Depuis le 3 mai, j’ai vécu une existence de nomade ; de bivouacs en hôtel, guest-house, Airbnb, gîte de pèlerins et même chez l’habitant. Dès lors, la nécessité de trouver un bel endroit pour ma dernière nuit s’imposait comme une évidence. C’est ainsi que j’ai trouvé un lieu réellement magique au milieu des steppes à la végétation desséchée et à proximité d’un arbre mort (le seul à portée d’yeux) qui allait me fournir de quoi faire un feu.

Mon dernier bivouac

La nuit tombée, alors que les flammes eclairaient mon bivouac, je comtemplait un ciel vierge de toute pollution lumineuse. Mon esprit se laissait aller à la contemplent action de la lune, des étoiles, et de la voie lactée. Je songeais que si les peuples nomades d’Asie Centrale ou du désert Saharien étaient si férus en astronomie, c’est parce qu’ils avaient tout le loisir de contempler le ciel et de le comprendre avant de dormir tandis que nous, peuples sédentaires, rentrions rapidement dans nos foyer à la nuit tombée pour nous protéger du froid et du diable.

Le soleil se couche à 19h00. Le feu permet de prolonger la soirée à l’extérieur.


Ma dernière nuit a été perturbée car j’angoissais pour mon arrivée à Keskalen puis à Almaty, sur la place Abaï Kunanbaev. Pour la dernière fois, je pliais mon campement. Avant de remonter sur le vélo, j’ai recopié un poème d’Abaï traduit par Janara Turebaeva pour que je l’apprenne en pédalant: « 

Toi, la lumière de mes yeux
Mon amour merveilleux
Le chagrin de mon coeur,
Mon espoir amoureux.

Ta bonté reconnue
Par les sages du villages,
Ils chantent tes louanges,
Oui, c’est bien toi mon ange.

Mes pensées, mes chansons
Sont pour toi, pour toujours
Pour te dire que je t’aime
D’un amour éternel »

J’avais mis le GPS afin de ne pas rater le lieu de l’accueil. De toute façon, je ne pouvais pas le louper vu le groupe qui était présent à m’attendre.

La ville d’Uzinagash pourrait accueillir le ministeres des démarches compliquées

Lorsque j’ai posé le pied à terre, j’ai été littéralement happé par mes amis Kazakhs. Entre les vivats, les félicitations et les sollicitations de la presse, je ne savais plus où donner de la tête. Une interview par ci, un discours par là, un selfie par ailleurs et c… D’ailleurs, j’ai tellement fait de selfies tout au long de ma route que je dois être dans la mémoire d’un grand nombre de téléphone.

Derrière ce pilier, mon comité d’accueil.


Le comité de jumelage avec Gulshat, Gulnara, Aygull, Janibek et bien d’autres, le représentant des sports de l’Akimat d’Almaty, l’équipe cycliste professionnelle d’Almaty et bien sûr les journalistes.
Kaskelen étant à une petite quinzaine de kilomètres d’Almaty, je devais rallier le point final de la ballade avec les cyclistes d’Almaty.
Un voiture de la police nous ouvrait la route et nous voilà reparti. Avant de nous rendre près de la place Abaï Kunanbaev nous nous rendons au restaurant – il était 15h00 et je commençais à avoir faim.
Nous nous arrêtons au Villa Dei Fiori, un très luxueux restaurant dans lequel je fais tâche avec mes habits plein de poussière.

Comité d’accueil à Kaskelen
Moi et Gulshat

C’est le représentant des sports de l’Akimat qui invitait. L’estomac plein, nous repartons mais nous n’allons pas vers la place Abaï mais vers celle de l’Indépendance – et oui, le comité de jumelage fête ses 30 ans mais cette année est aussi très importante pour le Kazakhstan car ce sont les 30 ans de L’indépendance du pays.
Sur cette place m’attend le vice-Akim d’Almaty, le représentant des sports, Alexis Chahtahtinsky, le consul général de France à Almaty, Dominique Piages, le consul honoraire et bien sûr, mes amis Kazakhs du comité de Jumelage.

Place de l’Indépendance.
En compagnie du consul Français avec ma Shepan (veste longue) et mon Kepesh (kapcha)


Sous le monument de l’indépendance, je lis le courrier de Nathalie Appéré, la maire de Rennes au vice-Akim dans lequel elle réaffirme les liens d’amitiés qui unissent les villes de Rennes et d’Almaty.

La lettre de Nathalie Appéré à l’intention de l’Akimat d’Almaty, Mr Sagintaev


Ensuite, je suis littéralement couvert de cadeaux. Ainsi je reçois un habit traditionnel Kazakh d’excellente qualité que je suis le 3ème Français à recevoir après François Hollande et un réalisateur.

Bien entouré place de l’Indépendance.

Je reçois également un tableau de la ville d’Almaty, un panier de pommes (l’origine de la pomme se trouve à Almaty) et de nombreux bouquets de fleurs.

Les présents reçus.

Bien évidemment, je fais de nouveaux des séances auprès de la presse et je me prête encore et toujours au jeu des selfies.


Je suis tellement honoré de cet accueil. J’en suis même parfois gêné mais, je me laisse quand même aller au jeu.
La cérémonie finie, on m’accompagne à l’hôtel où je pourrais enfin me laver (le rêve !).


Enfin propre, je descend de ma chambre. Gulshat et Aygull m’attendaient et elle m’accompagnent au restaurant où nous passons un moment très convivial.
Je sens ma tension redescendre et je me sens bien entouré…

11 réflexions sur “De Chymqent à Almaty.”

  1. Absolument bluffant!!! La ville de Rennes peut être fière de toi. Tu as largement rempli ton contrat pour Rennes, mais aussi pour toi.
    Rennes a-t-elle envisagé de t’offrir………….un vélo……….. flambant neuf ???
    Il s’agit juste d’une petite idée.
    Félicitations et à bientôt.
    Geneviève Perrot

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ce commentaire.
      Je ne sais pas si la ville m’offrira un cadeau et je n’en demande pas tant. De fait, je suis largement comblé par l’accueil des gens que j’ai eu le long de mon parcours et la beauté des paysages traversés : cela suffit amplement à me rendre heureux un bon bout de temps.
      Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage…
      À bientôt,
      Laurent

      J’aime

  2. Cher Laurent, te voici arrivé au but. Vraiment c’est formidable et c’est très heureux que tu sois ainsi devenu, après tant d’efforts, de courage, d’images , de visages, de rencontres, un ambassadeur de la ville de Rennes. Je trouve chouette que Nathalie Appere, le comité de jumelage , t’aient encouragé et le ton de la lettre de notre maire est juste, à ton égard.
    Et maintenant, que vas-tu faire, que sera ta vie….

    Aimé par 1 personne

    1. Жан Пьер,

      Je te remercie pour ton message.

      Tu as raison sur le devenir de la vie.

      Les rêves doivent-ils êtres réalisés ? Pour moi maintenant, c’est trop tard car c’est fait.

      J’ai cette envie d’apprendre le russe pour prolonger mon voyage et qui sait, repartir vers l’Est.

      J’aime

  3. Bravo pour votre exploit. Félicitations pour avoir tendu ce lien cycliste entre les deux villes de Rennes et d’Almaty. Aygul, Gulsat et les amis kazakhstannais savent accueillir et sont toujours fières et heureuses de recevoir des amis rennais.
    Bon séjour à Almaty dans une ville que j’aime beaucoup
    Thierry

    Aimé par 1 personne

  4. Cher Laurent
    Je suis très heureux de l’accueil dess amis-e-s kazakhes. Il est a la hauteur des milliers de kilomètres parcourus à vélo pour rejoindre Almaty à partir de Rennes. C’est une performance et un très beau symbole pour le 30éme anniversaire de notre comité de jumelage.
    Tous les membres du comité sont fiers de toi.
    Lors de ton retour en France les membres de notre association RENNES ALMATY te feront aussi un accueil chaleureux.
    Profites de ce séjour à Almaty qui vaut le déplacement.
    Amicalement
    Raymond

    Aimé par 1 personne

    1. Реймон,

      Merci pour ton message et merci au comité de jumelage.

      J’ai eu un très bel accueil de nos amis Kazakhs (c’est dans les gènes des peuples Turcs).

      J’ai hâte de vous retrouver et de vous faire partager mes aventures.

      Bons baisers d’Almaty

      J’aime

  5. Bravo Laurent pour cette belle aventure, on a pu la vivre avec toi grâce à tes billets. Profites bien d’Almaty et bon retour. Chapeau bas. Tes voisins de palier, Joël et Martine

    >

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  6. Привет!!!
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    Пока!

    Aimé par 1 personne

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