De Chymqent à Шымкент (Shymkent) en passant par Kizilorda (Kazakhstan)

Entre doutes et atermoiements…

Mon arrivée à Alma-Ata devant coïncider avec le 19 septembre, je disposais de temps lorsque j’ai franchi la frontière Kazakh.

J’ai pris ma carte et j’ai tracé un itinéraire au débotté, sans entrer dans les détails. L’itinéraire était simple. Au départ de Shimquent, je roulais vers le nord ouest en direction de Kyzylorda, puis direction NE vers Jezkazgan et SO vers Belkhash et Almaty.

C’est donc le coeur léger et en totale roue libre que j’ai commencé à pédaler vers Kyzylorda… L’après midi, c’est quand même compliqué quand le soleil tape dur mais ça le fait peu ou prou.

Car enfin, le Kazakhstan c’est beaucoup de plaines arides séchées par un soleil de plomb et balayées par des vents chauds.

Ici, il fait tout le temps chaud. Le seul moyen d’avoir une température sympathique (autour de 20⁰) est d’être près d’un point d’eau et d’attendre 5h du matin ou rentrer dans une pièce équipée d’air conditionné. Le reste du temps, c’est la quête de l’ombre. Sur mon vélo, le mouvement me permet d’avoir de l’air mais à l’arrêt, les gouttes de sueur perlent en très peu de temps. Voulant m’arrêter pour me reposer, j’ai parfois roulé jusqu’à 20 kms pour trouver la précieuse ombre.

Un arrêt de bus est le salut dans la quête de l’ombre.

Turkestan, est une ville assez délirante avant d’être un lieu de pélerinage pour les musulmans de tradition Turque. En effet, ne dites pas à un Ouzbek, un Tadjik, un Turkmène, ou un Kazakh aux yeux bridés qu’il est asiatique – ces gens vous répondront qu’ils sont Turcs ! Même pas Turco-Mongols, Turcs ! Le mausolée du Soufi Ahmed Yasavi est un haut lieu de pélerinage en Asie Centrale tant et si bien qu’il a été établi la formule suivante :

Hajj (La Mecque)= Turkestan X 3

Mausolée du Soufi Ahmed Yasavi – Turkestan
Mausolée du Soufi Ahmed Yasavi – Turkestan

Y étant passé deux fois, j’ai donc fait les 2/3 de mon pèlerinage à la Mecque. Certes, mon jubilé musulman est à l’image de mon parcours vaccinal Covid 19 : INCOMPLET !

Mausolée du Soufi Ahmed Yasavi – Turkestan

Mieux que le mausolée Soufi, le centre commercial Karavan Saray (chacun sa religion) planté à l’orée du désert, largement sur-dimensionné (les 3/4 des boutiques sont vides de commerçant) et dans lequel il y a une débauche d’eau si précieuse en un tel lieu.

Centre commercial Karavan Saray
Centre commercial Karavan Saray
Centre commercial Karavan Saray

Et puis il y a cette frénésie délirante de construction. Le maire joue clairement au fameux jeu de simulation SimCity. Les voies sont aménagées, tout comme les parcs sont verdoyants, équipés et tout cela autour d’immeubles en construction.

Le parc est aménagé avant même la fin de la construction des immeubles.

Turkestan reste une ville tranquille et bien aménagée, avec des pistes cyclables qui parfois tournent en eau de boudin, des aménagements piétonniers agréables et ombragés avec du mobilier urbain qui sied aux Kazakhs.

Turkestan
Turkestan
Turkestan
Turkestan
Turkestan

A Turkestan, mon compteur kilométrique a disparu. La question de son remplacement s’est posée. Au final, je vais peut-être continuer sans car j’y trouve au moins un avantage ; je ne me mets plus la pression pour maintenir une vitesse moyenne : je pédale au rythme de mon corps. Quant à la distance parcourue, le GPS me fournit cette info sans problème.

Bye bye petit compteur !

C’est après Turkestan que les choses se sont corsées car c’est le désert. La plaine grillée par la chaleur s’étend à perte de vue. Les ravitaillements sont très rares et il faut parfois faire plus de 60 kms pour trouver un magasin, donc de l’eau potable.

Fort heureusement, j’ai avec moi un filtre assez performant qui permet de filtrer l’eau sale remplie de bactéries sympathiques. Je préfère utiliser cette eau filtrée pour la cuisine et les boissons chaudes.

Eau sale deviendra potable

Mais l’eau, même non potable, est très rare. Et certains soirs, je n’ai que de l’eau en bouteille avec moi. Des lors, il y a des choix qui s’imposent naturellement. Ainsi, il faut oublier la toilette… Il ne faut pas que cette situation perdure la nuit suivante quitte à rallonger ou raccourcir l’étape suivante pour être à proximité d’un point d’eau. Pour cela, l’usage des images satellite est très pratique même si parfois, le point d’eau repéré est à sec.

Poussé par la curiosité, un cheval s’approche du bivouac

J’accomplis l’essentiel des kilomètres le matin car la chaleur est insupportable entre 14h et 17h. Et quand je dois bivouaquer dans le désert, il m’arrive de patienter plusieurs heures à l’ombre avant de reprendre la route pour m’installer avant la nuit.

Lorsque je roule, je suis beaucoup klaxonné non parce que je gêne (quoiqu’en ville…) mais pour m’encourager. Je pose énormément pour des séances de selfies avec des Kazakhs qui se prennent en photo avec moi. Je me fais offrir beaucoup de choses entre de l’eau, des glaces, de la pastèque, des repas, de l’ayran, du thé et même une nuit d’hôtel. Bref, les Kazakhs sont des gens très charmants.

Plantée au milieu de la plaine grillée, la citadelle de Sauran, une citée antique vivant du commerce et de la production de céramique qui connut son apogée au XIII° et XIV° siècle et fut progressivement abandonnée courant XIX, supplantée par l’essor de Turkestan.

Citadelle de Sauran
Citadelle de Sauran
Citadelle de Sauran

La citadelle a été un peu rénovée mais, comme beaucoup d’attractions touristiques au Kazakhstan, il n’y a pas vraiment d’exploitation ni d’infrastructure bien qu’il y ait du monde à visiter. Il n’y a pas de café à proximité pour se refraichir ni même de petits vendeurs. Alors qu’en Europe, une attraction touristique draîne tout de suite une foultitude de commerces allant du café au vendeur de souvenirs ; ici, il n’y a rien. J’ai remarqué cela aussi à Turkestan qui est un lieu de pèlerinage attirant beaucoup de monde.

Citadelle de Sauran
Citadelle de Sauran

Avant d’arriver à Kyzylorda, je suis passé devant le cimetière et je m’y suis arrêté. Celui-ci comporte deux parties bien distinctes ; l’une est réservée aux chrétiens orthodoxes et l’autre aux Kazakhs musulmans.

A gauche les orthodoxes, à droite les musulmans
Cimetière orthodoxe
Cimetière orthodoxe

Le cimetière Kazakh ressemble énormément au cimetière Karakalpaki que j’avais vu à l’ouest de l’Ouzbékistan, lorsque j’etais à Nukus.

Cimetière musulman Kazakh
Cimetière musulman Kazakh
Cimetière musulman Kazakh

C’est en arrivant à Kyzylorda que j’ai été pris de gros doutes quant à la suite du parcours. Comme l’indique la carte au début de cet article, je voulais rallier Jezkazgan, à 450 kms Nord-est de Kyzylorda. Or, en m’intéressant de plus près à la route, je notais cette absence de village, donc de ravitaillements sur une distance de 350 kms. Cette information m’a fait réfléchir, notamment au su de l’expérience que j’avais déjà acquise sur les routes Kazakhs.

Que faire ? Continuer vers Jezkazgan ? Revenir à Chymkent ?

Pont flottant sur le Syr-Daria

En discutant, j’ai appris qu’il n’y avait pas beaucoup de villages autour de Jezkazgan car cette ville, doit son essor à Staline à la fin des années 1950 qui y a installé des centres de rééducation par le travail pour l’exploitation des mines de cuivre. Il s’agit donc d’une région relativement hostile à l’homme car il a fallu le cuivre et Staline pour qu’il s’y installe.

Le Syr-Daria

Dès lors, la question de retourner vers  Chymkent se posa plus fermement. Oui mais comment ? En train, en bus ou en vélo ? Vu que les deux premiers modes de transport n’étaient pas possibles avec le vélo, il a fallu me résoudre à revenir à Chymkent à vélo.

Le nouvel itinéraire

Sur le retour, j’ai pris des routes alternatives quand j’ai pu. Celles-ci m’ont mené parfois sur de la piste.

En route sur la piste

Maintenant, depuis Chymkent, je vais prendre la route du Sud-Est pour rejoindre Alma-Ata. J’ai vu que le relief y sera un peu plus capricieux…

Bivouac dans le deser

11 réflexions sur “De Chymqent à Шымкент (Shymkent) en passant par Kizilorda (Kazakhstan)”

    1. Il y a 3 jours, alors que je dormais en tente et qu’il avait fait une chaleur accablante toute la journée, un orage a éclaté et il a plu. Enfin, les gouttes étaient étaient si rares et si dispersées qu’il n’y a eut aucun effet.

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  1. On comprend que circuler en vélo dans cette partie du Kazakhstan est une galère.
    Le Centre commercial « Karavan Saray » à Turkestan est stupéfiant .

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    1. De fait, on s’habitue et on s’organise. Il faut gérer l’ombre et l’eau et accepter de boire celle-ci chaude. Ayant changé ma route, je me retrouve dans un tout autre paysage fait de montagnes, de vallées verdoyantes, de ruisseaux frais et de fraîcheur le soir. Même si la température dépasse les 35⁰ en journée, le soir, ça tombe autour de 20⁰ : c’est un bonheur.

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  2. Proche du but si l’on peut dire mon cher Laurent. Les photos de ce pays sec sont impressionnantes tant elles nous changent de nos contrées, et puis c’est étonnant cette adaptation des constructions qui s’harmonisent avec cette matière sèche (sauf les immeubles en plein désert comme une banliue plantée au milieu de nulle part). Allez, Laurent. JP

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    1. Finalement, la ville de Turkestan est dans le même esprit que la capitale du Kazakhstan, Noursoultan (je t’invite à regarder les images sur Internet), que je rallierai en train depuis Almaty.
      Pour la plupart des villes, il y a aussi ces constructions datées de l’URSS qui permirent de loger quasiment toute la population (les stalinkas,les Kroutchevkas et les brejnevkas). Je ferai quelque chose là dessus.

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  3. Des merveilleuses images .
    La citadelle de sauran notamment qui est posée dans ce desert infini …
    Infinies aussi les routes ou plutot les chemins …
    Je souhaiterais presque y être .

    Aimé par 2 personnes

  4. Très beau reportage. Les kilomètres doivent commencer à peser dans les jambes.
    Pour être allé plusieurs fois à Turkestan, je ne me souvenais plus d’un centre commercial comme celui-ci. Bonne continuation

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  5. Bonjour Laurent, CCIste passant à Rennes je vous avez sollicité pour un éventuel hébergement ; d’où ma présence sur votre blog. Chapeau bas ! Perso, j’ai fait un mini tour de France de 3300 petits km et vient de regagner mes pénates et profite de mon odri.
    Je suis admirative devant ce type de voyage où le mot aventure a son sens. La pugnacité, l’ingéniosité, la patience, le courage et bien d’autres qualités y sont à l’honneur et vous les portez bien apparemment (hihiiii)
    Merci pour ce partage
    Bonne continuation !!! Chantal

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  6. Merci Laurent pour partager ces expériences et montrer de nouveaux paysages, cultures et modes de vie! En plus,c’est vraiment agréable voire relaxant de parcourir tant de kilomètres tout en restant chez soi (bon en Uruguay…😉). Je te souhaite le meilleur pour la suite. La bise, Marvin.

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