De Toshkent (Ouzbékistan) à Shimkent (Kazakhstan)

A y regarder de près, la ville de Toshkent a une position centrale vis-à-vis des capitales des autres Républiques d’Asie Centrale et c’est sans doute la raison pour laquelle elle attire à elle de nombreux touristes venus de Russie ou des ex-RSS (Républiques Socialistes Soviétiques). Peu d’européens s’y promènent ; ces derniers choisissent Boukhara, Samarqand ou Khiva. Dans cette ville de 2,7millions d’habitants, la langue universelle est avant tout le russe. L’anglais n’y est pas d’un très grand secours, que ce soit dans les diverses attractions touristiques de la ville que dans les banques ou autres institutions.

Musée des arts appliqués de Tachkent

La chose étonnante quand on arrive à Tachkent, c’est la largeur des rues : des 2×5, 6, 7 voies traversent la ville ! La circulation des automobiles y est énorme. Tachkent est un enfer pour les piétons ou cyclistes qui doivent faire des détours pour traverser l’une de ces grandes artères. Pour autant, cette ville est loin d’être un paradis pour les automobilistes qui subissent des embouteillages matin et soir. Par l’exemple, cette ville démontre qu’il est inutile d’élargir la route pour réduire les bouchons car tôt ou tard, ils reviennent encore et de plus belle, s’étalant sur les nouveaux espaces conquis par l’automobile.

Faire du vélo à Tachkent est aussi dangereux qu’exaltant. Les voitures déboulent de toute part, doublent par la droite, s’arrêtent brusquement devant vous ou coupent la route quand elles tournent à droite. Les grandes voies de circulation étaient mon terrain de jeu en soirée, alors que la chaleur retombait. Je m’écoutais les concertos pour violon de Philippe Glass en dévalant l’asphalte à toute vitesse.

Le palais des Forums de Tachkent

La TV TOWER est l’attraction qu’il faut faire en premier quand on va à Tachkent. Prendre de la hauteur permet d’observer comment la ville est organisée au delà de proposer une belle vue. On peut aussi mieux cibler les quartiers que l’on souhaite arpenter.

La tour à été bâtie à la fin des années 70, durant la période soviétique. La forme de la Tour n’est pas démodée et s’insère plutôt bien dans l’urbanisme de la capitale. Elle est un vrai point de repère placé sur l’axe Amur Timur, le plus circulant de la ville.

Mais lors de la visite, c’est une vraie surprise car au final, l’intérêt de la Tour réside moins dans la vue circulaire de la ville que la magnifique fresque en art brutaliste qui se trouve à sa base et qui s’intitule « caravanistan ». Le génie artistique des soviétiques s’étale insolemment avec une œuvre originale qui stimule l’œil et le cerveau tout en étant d’une très grande beauté.

L’Ouzbékistan ayant été dans le giron de l’URSS durant plus de 65 ans, les soviétiques ont laissé leur empreinte en construisant des ouvrages remarquables tel le théâtre ou encore le métro.

L’hôtel Uzbekistan de Tachkent, un chef d’œuvre de l’architecture Brutaliste.
Bâtiment brutaliste de conception soviétique

Le soviétiques considéraient que les stations de métro étaient le palais du peuple et qu’à ce titre, il fallait particulièrement soigner l’ouvrage.

Plan du métro de Tachkent
Station G’afur G’ulom
Station Paxtator

Seuls des matériaux nobles comme le marbre, le granit, la fonte ou encore le verre ont été utilisé pour décorer les stations, toutes différentes. Suite au séisme de Tachkent en 1966, le métro peut résister à des secousses cotées 10 sur l’échelle de Richter. Ainsi les stations peuvent servir d’abri pour la population. Considérées comme un lieu stratégique, il étaient encore interdit de les photographier en 2018.

Station Yunus Rajabiy
Station Tachkent
Station Kosmonavtlar

Dans chaque station, il y a 2 policiers qui veillent, sans compter ceux qui sont en faction près des entrées ainsi qu’un ou deux chefs de quai qui veillent rigoureusement à ce que personne ne franchisse la ligne jaune en bordure de quai.

Station Alisher Navoiy

Il y a 3 lignes de métro (la rouge, bleue la verte) et 43 stations, toutes décorées différemment.

Quant aux rames, elles datent toutes de l’époque de construction du métro (1977).

Les rames datent toutes de la période soviétique
Les rames sont plutôt confortables et peu bruyantes. De plus, nul besoin de se tenir aux barres car les freinages et les accélérations se font en douceur.

A Tachkent, les pelouses sont bien vertes ce qui étonne puisqu’il ne pleut quasiment pas et que des températures de 40° y sont courantes.

Statue d’Amur Timur à Tachkent
Complexe musulman Hazrati

Chaque carré de pelouse est parcouru d’arroseurs que des employés actionnent au gré des besoins.

La verdure donne une relative fraîcheur à la ville et les parcs (pour la plupart privatisés) sont très prisés par les habitants pour l’ombre qu’ils offrent.

Mon séjour à Tachkent fut pour moi l’occasion de me rendre à la piscine. C’est un plaisir que je n’ai pas goûté depuis mon départ de Rennes.

J’ai pu me rendre aussi au marché de Chorsu. C’est un immense bazar où l’on trouve de tout ; une sorte d’immense supermarché qui profite avant tout aux producteurs et aux petits vendeurs.

Grande halle du marché de Chorsu
Marché de Chorsu
Fruits secs au marché de Chorsu à Tachkent

Étant musulmane, Tachkent compte quelques édifices religieux.

Complexe musulman Hazrati de Tachkent
Complexe musulman Hazrati de Tachkent
Minor Mosque de Tachkent
Complexe musulman Hazrati de Tachkent
Complexe musulman Hazrati de Tachkent

Lorsque j’avais été faire mes démarches à l’ambassade du Kazakhstan, l’employée m’avait indiqué que je n’aurais mon visa que le 13 août et un rapide calcul m’avait alerté sur la durée de mon séjour en Ouzbékistan qui ne devait pas excéder 30 jours. Rapidement, j’avais négocié avec difficulté sur le 12 sans prendre conscience qu’il fallait que j’inclue la date de mon arrivée. En effet, je dois quitter l’Ouzbékistan le 11 août. Je prends alors conscience que je vais être clandestin en Ouzbékistan le 12.

Soierie ouzbek aux musée des arts appliqués de Tachkent

Le jour du départ fut très éprouvant. J’ai vraisemblablement fait une intoxication alimentaire et mon corps me le fait savoir : maux de tête et de ventre, courbatures. Si j’avais eu le choix, je n’aurais pas roulé ce jour.

La fameuse supa où on enchaîne directement la sieste après le repas

J’arrive à faire la trentaine de kilomètres qui séparent Tachkent avec la frontière Kazakh, non sans avoir fait un crochet à l’ambassade afin d’y récupérer le visa.

Musée des arts appliqués

Côté Ouzbek, on me tamponne le visa sans problème malgré la journée supplémentaire passée dans le pays.

La rivière Anhor

Côté Kazakh, c’est une autre paire de manches. Au préalable, je montre mon visa afin d’indiquer aux militaires que je suis autorisé à rentrer dans le pays. A mon arrivé dans le hall, j’entends « Frantsuz, Frantsuz ». C’est pour moi. On me demande de mettre le vélo sur le côté et de m’asseoir à une table de mettre mon masque et de tendre mes mains pour les asperger généreusement de gel hydroalcoolique. L’officier me dit plusieurs fois de suite « protocole ! ». En tout premier lieu, je lui explique que si l’ambassade à Tachkent m’a octroyé un visa, c’est parce qu’elle disposait d’un solide dossier. Il ne veut rien entre et répète « protocole ». Je ne comprends pas vraiment ce qu’il veut et je lui propose de m’expliquer ce qu’il souhaite grâce au traducteur de mon téléphone. Il s’y refuse. Bon, me voilà en face de quelqu’un d’une certaine mauvaise foi qui ne parle que le kazakh et le russe avec qui je vais devoir me débrouiller si je veux passer. Les données ne sont pas simples…

Je me souviens de documents rédigés en russe qui traînent sur ma messagerie WhatsApp que Jeanne m’avais transmis. Je lui fais lire plusieurs documents, dont certains sont très longs ; vu le temps qu’il met à les lire, j’en déduis qu’il les lit avec zèle. Ce temps est interminable et en plus, il fait outrageusement chaud.

Après avoir passé en revu plusieurs documents, j’entends le seul mot anglais qu’il ait prononcé au cours de l’entrevue : “good”!. Dans ma tête, c’est un soulagement. Non seulement je passe mais en plus, j’en aurais fini avec cet officier zélé.

Un guichet est spécialement ouvert pour moi et là encore, pour tamponner le passeport, ça prend un temps incroyablement long. Cette formalité achevée on me dit de passer. Je prends mon vélo et lance des « Spïssiba » (merci en russe) tout en mettant ma main droite sur mon cœur et en inclinant légèrement la tête.

La dernière formalité est celle du test PCR et fort heureusement, elle ne dure que très peu de temps.

J’ai enfin passé la frontière et je peux affirmer que ça aura été un vrai combat de rentrer au Kazakhstan. Maintenant, je peux traîner dans ce pays jusqu’au 10 novembre 2021. Ça laisse du temps…

Le jour précédent mon départ de Tachkent, j’avais prévu de rejoindre Shymqent en une journée. Mais voilà, je n’étais pas bien du tout. Sur la route, je m’arrête dans un mini market pour acheter du Coca et ensuite, je cherche un coin d’ombre. Je me pose et essaie de me reposer ; je n’ai pu dormir que 4h la nuit précédente.

Dans la maison de Sony autour du cay (thé)

C’est alors que je suis interpellé par un Kazakh qui me propose un thé. J’accepte de bon gré car je sais que cela me fera du bien. Sony, un petit agriculteur, me présente alors sa femme et ses deux enfants Aïda et Aliran. Finalement, je passerai la nuit chez eux. J’ai ainsi pu partager le quotidien du famille de gens simples.

Aliran

Le lendemain, la route, les steppes et surtout un soleil brûlant m’attendait. Il fallait que je sois à Shymqent le soir soit une petite centaine de kilomètres. S’agissant de la santé, c’était mieux que la veille mais la forme n’était pas au rendez-vous. Il fallait toutefois avancer.

Chevaux en liberté dans la steppe

Sur la route, j’ai bénéficié d’un accueil assez sympa voir drôle de la part des Kazakhs.

Je me suis fait arrêter par des gens qui se faisaient photographier à moi, j’ai rencontrer un gars qui faisait trotter sa mule en hurlant « Kazakhstan » et je me suis fait offrir des bouteilles d’eau.

Caché derrière une colline, je vois enfin Shymqent. Je décide de prendre deux nuits dans la ville afin de me remettre sur pied.

Maintenant que je suis au Kazakhstan, j’ai tout mon temps…

4 réflexions sur “De Toshkent (Ouzbékistan) à Shimkent (Kazakhstan)”

  1. Bonsoir Laurent
    Arrivé au Kazakhstan… Le voyage s’avère éprouvant par la chaleur et les démarches administratives alourdies par l’épidémie COVID…
    MERCI pour tes articles très intéressants
    Ici la température est beaucoup plus raisonnable voire insuffisante pour les touristes.
    Bonnes visites au Kazakhstan
    Raymond

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  2. Oui maintenant tu as le temps. On se demande bien pourquoi on se presse tant, n’est-ce pas ? Tu sais je pense que ta sympathie naturelle attire la sympathie des peuples et des gens qui t’accueillent, en plus c’est évident du respect que tu as envers tous ces gens, le monde, ni tout un autre , ni tout à fait le même. Quel besoin maintenant as-tu de presser , va comme le vent te poussera ou te contrariera . Le but est proche, mais qu’est-ce que le but, la fin , il y en aura bien d’autres.
    Toute mon affection et amitié.JP

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  3. Bonjour Laurent,

    Au cas où vous n’auriez pas reçu mon mail : n’hésitez pas à faire signe (mail direction@af-almaty.kz ou WhatsApp: +33643328854) quand vous approchez d’Almaty, l’Alliance Française sera ravie de vous ouvrir ses portes !

    A bientôt peut être,

    Vivien FOUQUET
    Directeur AF d’Almaty

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