De Hascovo (Bulgarie) à Istanbul (Turquie)

A Hascovo, je vivais mes derniers jours en Bulgarie. J’avais hâte de quitter ce pays et encore plus ses habitants. J’ai trouvé les Bulgares frustres, vénals et profondément racistes. Quand je disais que j’étais Français et que mon interlocuteur voulait discuter avec moi, j’avais le droit à des quasi reproches sur le fait que la France accueillait trop de noirs.   Si la Bulgarie n’était pas aussi gangrenée par la corruption et les mafias, si les Bulgares n’étaient pas autant rongés par l’alcool (la bière Zagorka fait des ravages) et le jeu (on trouve des casinos dans des villes de moins de 5000 habitants) et si la France, parce qu’elle est contributrice nette de l’Union Européenne, ne subventionnait pas la bêtise Bulgare par l’intermédiaire de l’UE, j’aurais serré les dents et me serais tût sur le sujet y compris sur ce blog. Qui plus est, je ne me suis jamais autant senti en insécurité sur les routes Bulgares et je n’évoque pas seulement l’état absolument minables des routes bulgares mais également le comportement des conducteurs Bulgares. Mon tableau est sans doute sombre mais il y a toujours des roses qui poussent sur les tas de fumiers ; j’ai aussi rencontré des Bulgares avec un grand cœur sur le long de ma route. Malheureusement, ils sont loin d’être la majorité.

A Hascovo, le coeur n’y est pas car j’ai été déçu des Bulgares. Je visite quand même la ville à la recherche d’oeuvres « Brutalistes », vestiges de l’époque stalinienne.

Une horloge style brutaliste à Hascovo
Bâtiment brutaliste à Hascovo
Bâtiment brutaliste à Hascovo
Un minaret à Hascovo : la Turquie est proche

Je quitte Hascovo le lendemain en passant par le quartier des « gipsys » (roms) qui vivent dans une indigence choquante. J’avais peur de m’arrêter ou d’avoir un ennui avec le vélo en traversant ce secteur. Finalement, j’ai retrouvé la route menant à Kapitan Andreevo (dernière ville Bulgare avant la frontière) assez rapidement. Alors que je pédalais tranquillement, je vois une petite masse sombre à quelques centaines devant moi. Je songe alors à une charrette tirée par un âne – chose courante en Bulgarie. Mais non, cette petite masse sombre tient la distance. J’ai aussi pensé à un cycliste Bulgare mais celui-ci ne roule jamais très vite et je l’aurais rattrapé rapidement malgré ma charge. Au bout de quelques kilomètres, j’en ai conclu que c’était un voyageur à vélo, qui comme moi, se rendait en Turquie.  Au bout d’une vingtaine de kilomètres, je le rattrape au profit d’une pause qu’il a fait. On s’aborde en anglais et on conclue en Français. Quel bonheur de rencontrer un compatriote et de parler en français. Il s’appelle Léo et c’est un Beauceron de 29 ans. Tout comme moi, il a dormi à Hascovo et il se rend en Turquie. Nous allons donc faire un bout de chemin ensemble. Ce jour là, nous avons fait une petite étape et nous avons fait notre halte à Svilenograd – ville située à une dizaine de kilomètres de la frontière. Nous n’avons pas visité grand chose de la ville – un 20aine de mètres séparaient l’hôtel du bar restaurant où nous nous sommes enivrés. Le lendemain, un peu groggy des excès de la veille, nous remontons sur nos vélos : direction la Turquie !

Nous arrivons à la frontière. C’est toujours un moment d’appréhension face à l’arbitraire de certaines règles qui dépassent la raison, notamment quand l’ami Coronavirus s’y mêle. Léo n’a qu’un test antigénique alors qu’il faut un test PCR et moi une seule injection du vaccin Pfizer. Le douanier regarde à peine le test de Léo et moi, je présente mon QR code de l’application TousAntiCovid qu’aucun douanier rencontré jusque là ne peut lire. On nous fait signe de passer, c’est bon ! Ensuite, les douaniers nous demandent d’ouvrir nos sacs et ce n’est qu’un demi coup d’œil qu’ils y jettent. Nos passeports sont tamponnés, à  nous la Turquie. Au poste frontière, nous avons bénéficié d’un traitement de faveur car les douaniers nous faisaient passer devant tout le monde. Il est vrai que nous ne passions pas inaperçus au milieu du troupeau des automobilistes. Nous avons été assaillis de questions par les fonctionnaires. Passant la frontière, c’est l’Europe Politique que nous quittions mais aussi l’alphabet cyrillique ce qui n’est pas un mal car je n’ai jamais réussi à m’y faire.

Fin de l’Union Européenne
Au poste frontière
Léo et moi
Après la frontière Turque, sur la route d’Edirne

Pour rallier Edirne, nous avons roulé sur la bande d’arrêt d’urgence de la 2×2 voies – il n’y avait pas d’autre route… Nous avons évolué au milieu des champs de riz ; ce qui nous a étonné. Et puis nous sommes entrés rapidement dans la ville. Avec le corona, beaucoup de Turcs portent le masque ; ce derniers est obligatoire dans les lieux publics et beaucoup le porte même en extérieur – j’ai vu des paysans porter le masque sur leur tracteur au milieu de la pampa par la suite. Par ailleurs, il y a un couvre feu à 22h qui ne s’applique pas aux étrangers mais j’ai vu des restos et des épiceries ouvertes à 23h-00h. Bref. Je n’y comprends rien.

Riziculture après la frontière
Petite vue bucolique avant Edirne – la mosquée a remplacé l’église
Mosquée à Edirne

Avec Léo, nos chemins se séparaient a Edirne. Ils partait au Sud, à Çanakkale et moi à l’Est pour Istanbul. Il souhaite passer du temps sur la côte avant d’aller au Nord de la Finlande via Istanbul et moi, c’est plein Est. Nous avons passé une soirée tranquille ensemble et nous nous sommes séparés le lendemain, chacun suivant sa route. Pour ma part, je suis resté une journée pour visiter la ville. J’ai ainsi pu rentrer dans la mosquée car en Turquie, elles sont ouvertes à tous du moment qu’on y pénètre avec une tenue décente et sans chaussures. Je m’y suis retrouvé pendant l’une des 5 prières de la journée. Les femmes sont dans le fond de la vaste salle de prière tandis que les hommes peuvent occuper l’ensemble. Une chose étonne, ce sont les enfants : ils ont une grande liberté dans la salle de prière ; j’ai vu des gamins de 10 ans courir et jouer sur les tapis de prière pendant que les adultes se recueillaient.

La salle de prière
On se déchausse et on fait ses ablutions avant la prière
La mosquée d’Edirne
Quand on lève la tête dans la salle de prière
Ça commence à s’activer à l’appel du muezzin

Outre ses mosquées, Edirne a un charme très oriental avec son bazar, ses gargotes et les musiques qu’on y entend. J’ai profité de cette halte pour me faire couper les cheveux dans le bazar

Les rues commerçantes d’Edirne
Le bazar d’Edirne

J’ai quitté Edirne en direction de l’Est. Un constat s’impose, les routes sont en meilleures état qu’en Bulgarie, qu’en Serbie ou qu’en Croatie. La topographie ressemble beaucoup à celle de notre Bourgogne : ça monte et ça descend tout le temps – il y a très peu de plat. Fort heureusement, il y a de nombreux villages jalonnant la route avec gargotes, cafés et épiceries qui permettent de trouver un peu de réconfort.

Les villages Turcs n’ont pas le charme de nos villages français. Ils se structurent généralement autour de la mosquée. En revanche, les habitants des villages Turcs ont un charme que nous n’avons pas ou plus. M’arrêtant faire une pause dans l’un de ces villages après mon départ d’Edirne, j’ai été étonné par l’accueil, la gentillesse, la bienveillance et la générosité dont les Turcs ont fait preuve à mon égard. Dans certains café, je n’ai pas payé un seul « cay » (thé) bien qu’en ayant bu 4 ou 5. Lors d’une pause, la batterie de ma cigarette électronique était à plat et j’avais besoin de ma dose de nicotine ; bien évidemment, on m’a offert une cigarette et dans les 10 mn qui suivirent, on m’offrait le paquet de cigarettes. On m’a offert aussi de la nourriture sans que je ne demande rien. Quel contraste avec les Bulgares. Les Turcs ont un cœur d’or. Combien de fois on me salue sur la route avec un signe et un grand sourire. Depuis mon départ de France, je ne me suis jamais autant senti en sécurité qu’en Turquie ; je peux laisser mon vélo et mes affaires sans crainte. Parfois, ma pause finie, je repars et quelques centaines de mètres plus loin, je me fais littéralement arrêter à un autre café pour boire le cay ; j’ai du mal à avancer mais j’ai du mal à résister face à tant de gentillesse et d’humanité. Aussi, je considère que la plus belle des choses en Turquie ne se voit pas, ne s’entend pas, ne se goûte pas, ne se touche pas et ne se sent pas : la plus belle des choses se perçoit pour qui sait s’ouvrir aux autres : c’est la bonté naturelle des Turcs.

A Keramettin
Avec Tarik
Avec Bilal et tous les autres

À Lüleburgaz, entre Edirne et Istanbul, je m’arrête pour la journée et prends un cay (thé) pour chercher un endroit où dormir la nuit. Bien évidemment, un puis deux puis très vite, cinq Turcs sont à ma table. On me paie des cay – et pas question que j’en paie car je suis leur invité – et très vite, on me donne un plan pour dormir gratuitement. On m’indique ainsi l’adresse de l’Académie de la bicyclette. Je m’y rends en traversant la ville et j’hallucine devant l’infrastructure. Je n’ai jamais vu ou entendu parler d’une aussi grosse structure consacrée au vélo en France (https://youtu.be/t273dQZwfmI). Il y a des pistes d’initiation, des structures pour le vélo acrobatique, un lieu pour les cyclotouristes de passages avec douches, dortoirs et cuisine et un atelier de réparation. J’avais prévu de ne rester qu’un soir à Lüleburgaz mais, devant l’insistance d’Inanc, le responsable, je suis resté deux nuits. La structure a été bâtie lors de l’année du vélo dans la région. Vu le nombre important de cyclistes croisés à Lüluburgaz, on peut en conclure que le volontarisme politique paye dès lors qu’on y met les moyens. Cette année, la ville est en guerre contre le plastique. Avant de reprendre ma route, j’ai fais un crochet à la mairie de Lüleburgaz avec Inanc afin de troquer ma gourde en plastique contre une gourde en acier qui m’a été remise par un responsable politique. Moins pratique de prime abord, cette gourde est finalement un bon outil pour se défendre d’une attaque de chiens. Ayant subi l’attaque d’une meute le lendemain – les chiens étaient en train de chiquer mon sac- j’ai utilisé la gourde en acier pour taper sur la tête du meneur ce qui a stoppé l’agression.

A l’académie de la bicyclette avec Inanc et son amie
L’atelier de réparation
Inanc

Tous les Turcs que j’ai rencontré sont remontés contre notre président Macron. Ils n’ont vraiment pas apprécié d’être traîtés de « terroristes ». Je leur ai expliqué la situation de son élection et que de nombreux Français le rejetait – les élections régionales de juin m’ont donné raison. Ils m’ont aussi parlé des gilets jaunes qui sont populaires en Turquie (les ennemis de mes ennemis sont mes amis). Dans la partie Turque que j’ai traversé, nombreux sont ceux qui rejettent Erdogan car ils sont attachés à la laïcité. Je leur expliquait qu’Atatürk, figure sacrée de la Turquie dont les portraits, statues et monuments sont absolument partout en Turquie (dans les cafés, les hôtels, les maisons, sur chaque place de village) s’était beaucoup inspiré de la France pour moderniser la Turquie et notamment pour la mise en place de la laïcité. Beaucoup déplorent que les appels à la prière se fassent en arabe et non en Turc.

Mustapha Kémal Atatürk est omniprésent en Turquie.
Atatürk, littéralement le « père des Turcs »

Dire que la route menant à Istanbul est tranquille serait un mensonge éhonté. Je crois que je n’ai jamais autant souffert à vélo que sur les 50 derniers kilomètres. J’avais 1200 mètres de dénivelés positifs et autant en négatifs. Les déclivités dépassaient allègrement les 15% si ce n’était les 20%. Ma roue arrière patinait sur le goudron lors d’une reprise tant c’était pentu et les descentes donnaient le vertige. De plus, il fallait composer avec la conduite des Stambouliotes dont l’impatience est patente et se manifeste à coups de klaxon. Les feux sont allègrement grillés, les sens interdits franchis ; bref, une certaine anarchie règne dans les rues d’Istanbul.

J’étais bien content d’arriver sain et sauf. Je suis enfin arrivé au bout du continent. Ma roue arrière, malgré deux rayons cassés, a tenu le choc. Je vais rester plus d’une semaine à Istanbul afin de me poser, visiter la ville, réparer mon vélo (mon appartement dispose d’une grande terrasse) et aller à la piscine (j’en rêve depuis des semaines).

Les rues d’Istanbul sont terribles.
Les rues d’Istanbul sont plus que terribles
Les rues d’Istanbul sont diaboliques

Je suis à Istanbul depuis mercredi soir et j’ai consacré ma journée de jeudi à rassembler les divers documents pour le consulat d’Iran. J’ai même passé des heures à trouver le moyen de réserver un hôtel dans ce pays où Google est interdit. Car, il faut une adresse pour la première nuit. Le soir, je décompresse un peu, tous mes docs sont prêts. Je me rends au consulat le vendredi matin. Je dois passer dans une agence chargée de traduire les documents en farsi. Avec tous ces papiers, je peux enfin rentrer au consulat. A l’entrée, on me demande de mettre mon portable en silencieux puis le garde s’en saisit pour le ranger dans un casier en échange d’un numéro. Je pénètre dans une grande salle d’attente. Comme à la sécu, il faut prendre son ticket et se rendre au guichet correspondant quand on est appelé. Le temps est long quand, dans cette salle d’attente, il n’y a rien à lire : ni liseuse, ni portable, ni Paris-Match ou Gala. Il y a deux téléviseurs qui diffusent des programmes de la télévision iranienne : sur celui de gauche, ce sont des programmes pour enfants et sur celui de droite, des images de guerre, de prisonniers torturés ou d’explosions défilent. Quel contraste ! Le temps passe ainsi et je suis enfin appelé. L’Iran est fermé aux touristes Français. Voilà, c’est fait. Je sors du consulat la queue entre les jambes et me pose à un bar pour chercher un plan B. J’envisage d’aller au Nord-Est de la Turquie, de passer la frontière Arménienne pour rallier Erevan puis passer en Azerbaïdjan pour rajoindre Bakou, prendre un ferry pour traverser la Caspienne afin d’aller au port d’Aktaou au Kazakhstan. L’itinéraire pose quelques problèmes. Premièrement, il faut passer dans le Haut-Karabagh, une zone sous tension dans laquelle la guerre a fait rage il y a quelques mois entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Deuxièmement, l’Azerbaïdjan est particulièrement tatillonne et demande un itinéraire précis avec les réservations d’hôtels. A vélo, ces exigences sont extrêmement compliquées à respecter. Si je veux continuer, je n’ai pas vraiment le choix ; ça sera l’avion. Ainsi je quitte Istanbul 5 juillet pour me rendre à l’aéroport d’Aktaou au Kazakhstan via l’aéroport de Tbilissi en Géorgie. La seule démarche que j’aurais à faire sera de passer un test PCR. Je modifie donc l’itinéraire pour aller à Boukhara puis je reprendrai ma route initiale ensuite. Que de péripéties avec le coronavirus et la bêtise humaine. Je ne peux pas lutter contre la bêtise et ma route est encore longue

Vue sur le Bosphore

5 réflexions sur “De Hascovo (Bulgarie) à Istanbul (Turquie)”

      1. Que de rebondissements ..
        Ce sont les aleas d un long voyage …
        Dépité par la Bulgarie et enchanté par la Turquie …
        Tes photos d’Istanbul me rappelle de doux souvenirs …
        Merci

        Aimé par 1 personne

  1. Je n’ai pas trop compris pour l’itinéraire alternatif. On ne peut pas rentrer en Arménie depuis la Turquie, car la frontière est fermée partout, aucun poste-frontière n’existe. Et le Haut-Karabagh n’est pas non plus sur la route, c’est un cul-de-sac en termes de voyage le Haut-Karabagh.
    En fait l’itinéraire « standard » pour Bakou, c’est d’entrer en Géorgie en suivant la mer Noire de Trabzon à Batoumi puis direction Tblissi et la frontière azérie. Et pour l’Azerbaïdjan, plus besoin d’itinéraire ni de réservations maintenant (sauf changement très récent). J’y suis entré en depuis la Géorgie en 2018 avec un visa électronique et aucune réservation. Par contre, c’est souvent assez galère pour le ferry à travers la Caspienne ensuite, donc l’option avion sera bien plus simple et te permettra de profiter amplement de la suite 🙂
    Bonne route !

    Aimé par 1 personne

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