De Belgrade (Serbie) à Kozlodouy (Bulgarie)

En tout premier lieu, je tiens à vous remercier pour vos messages, vos encouragements et vos remarques, que ce soit par l’intermédiaire de ce blog ou des réseaux sociaux, qui sont pour moi un carburant qui alimente ma motivation.

C’est avec le coeur serré que je quitte Belgrade. Par ses contrastes, cette ville est pleine de bonnes surprises. Qui plus est, j’apprends à connaître des gens et une culture que j’apprécie de plus en plus. Si Zagreb m’a laissé un souvenir sans saveur bien que la ville soit belle (une certaine froideur des gens sans doute), ce n’est pas le cas de Belgrade et de la Serbie. J’ai évoqué cela auprès de quelques Serbes et, bien évidemment, ils étaient d’accord avec moi ; pour autant, loin de moi l’idée de rallumer le spectre de la guerre de 1992.

Après avoir découvert la capitale, à moi la découverte du pays en suivant le cours du Danube

La sortie de Belgrade à été particulièrement pénible à vélo. L’eurovélo 6 (EV6) passe dans des zones industrielles héritées de la période titiste (Tito est mort en 1980), des bidonvilles crasseux où la misère vous serre le coeur, des bandes cyclables où des camions lancés à vive allure roulent à moins de 50 cm du vélo. Bref ce fut l’enfer du cycliste.

Et enfin, les panneaux de l’EV6 indiquent la direction de voies plus paisibles ; je suis dans le « périurbain » Belgradois… Des chiens agressifs aboient à mon passage et parfois me suivent. Je prends conscience de ce danger et je cherche toujours les parades qui me permettront de calmer les canidés.

La route bitumée s’arrête en cul de sac. Un panneau de l’EV6 conseillé de prendre un petit pont pour rejoindre la lagune du Danube. C’est un pont en mortier et il n’est pas pas large. Je l’emprunte à une vitesse très très réduite (moins de 4 km/h). Une roue de ma remorque effrite le pont à son passage et la remorque, et le vélo et moi même sommes entraînés dans l’eau. C’est la chute ! Je me retrouve dans une sorte de ru de 80 cm de profondeur. A priori, je n’ai rien de cassé. Ma préoccupation est de détacher la remorque du vélo pour les remonter sur la berge qui est à plus d’un mètre du niveau de l’eau ; une berge très pentue et rendue glissante par les orages de la veille. En bruit de fond, de maudits clébards continuaient d’aboyer sans relâche. Après moult efforts, je parviens à désolidariser le vélo de la remorque. J’attache une corde que j’ai à portée de main. Ce n’était que la première étape. Je grimpe et surtout, je glisse pour atteindre la berge. Arrivé sur la berge, je hisse la remorque et parviens à la mettre au sec avec difficulté. Je retourne dans l’eau pour exécuter la même opération avec le vélo. Je suis exténué lorsque j’ai tout remonté. Je reprends mon souffle et mes esprits. Mon vélo est couvert de lentilles d’eau, tout comme la remorque et moi même. J’ai de la boue partout. J’ai mal à l’auriculaire droit, ce fameux doigt qu’on lève lorsqu’on boit le thé – en même temps, je m’en fous vu que je ne bois pas de thé et en plus, je ne lève pas mon auriculaire droit quand il m’arrive d’en boire.

Le pont était peu ou prou aussi large que celui-ci mais en mortier.

Je continue le long du Danube. La lagune du fleuve fourmille d’oiseaux magnifiques. On y voit des cygnes et leurs cygneaux, des hérons, des cigognes et tant d’autres volatiles dont je ne connais pas le nom.

Une cigogne

Je continue ma route tranquillement. Je tombe soudain sur une station de lavage automobile. C’est une opportunité à saisir pour nettoyer le vélo et la remorque et retirer les lentilles d’eau que je traîne depuis ma chute. Avec 100 dinars (0,85€), le vélo et la remorque sont rutilants.

Je note que les Serbes ont une conscience écologique proche de zéro. Pas de recyclage, déchets jetés à terre, décharges sauvages. Le « beau » Danube bleu en porte les stigmates.

Je continue sur des routes agréables quand survient un conflit entre mon GPS qui indique une direction et le panneau de l’EV6 qui en indique une autre. In fine, je suis celui l’EV6. Ce fut une erreur. Le chemin, joli au demeurant, était particulièrement boueux, si boueux que la boue s’accumulait partout : sur le dérailleur et dans le garde boue notamment, me freinant quand je roulais. Régulièrement, je devais dégager la boue des garde-boue avec mes doigts, n’ayant pour me rincer les doigts que des flaques.

Avec les péripéties de la journée en plus des kilomètres (85), j’étais épuisé. Fort heureusement, je savais que fournissait alors mes derniers efforts car il y avait un camping à la ferme pas très loin. J’y parvins mais personne. Je fais du bruit mais en dehors du chien, personne ne se présente. Je téléphone et tombe sur Srdjan (prononcer Sergian) qui m’indique ou sont les clefs et comment fonctionne la maison, la cuisine, me demande avec insistance de ne pas ouvrir la porte où se trouve les chats et m’invite à me prendre des bières et du rakja (alcool local). Il m’indique aussi le lit ou je dois dormir. Pour le paiement, je devais déposer 500 dinars (6€ environ) sur la table. Le lendemain, c’est un paysan qui est passé seulement pour vérifier l’humidité de l’herbe avant de la faucher. Je n’aurais pas vu Srdjan du tout.

J’ai profité de cette soirée pour évaluer plus en détail les dégâts de la journée, notamment ce qui avait pris l’eau. Fort heureusement, les incidents du matin n’ont eu que très peu d’impact – tout juste un peu d’humidité dans le sac de couchage et la tente. Pour panser les blessures du jour, je décidais de faire une étape de moins de 50 Kms le lendemain. Cela tombait bien car j’avais un bac à prendre à Banatska-Palanka pour traverser le Danube afin de rester en Serbie et d’éviter la Roumanie.

Bien évidemment, les horaires du bac ne sont pas sur internet. Lorsque je suis arrivé, j’avais 2h30 d’attente. J’en ai profité pour aller au restaurant. La bedaine que j’avais fait gonfler avec amour avant de partir avait totalement fondue. Je suis en perpétuelle recherche de calories. Et puis sur le prix, la Serbie n’est pas la Suisse.

Chacun trompe l’attente comme il peut dans l’attente du bac. La plupart sont attablés à la terrasse jouxtant l’embarcadère.

Et puis il y a un mouvement chez les gens. On voit le bac au loin qui s’approche et qui arrive enfin.

Je traverse alors la campagne Serbe. Je passe dans des villages pauvres, les maisons ont des murs décrépis, on entend le bruit rouillé d’une éolienne qui peine à tourner. Ces éléments auraient pu donner corps à un film d’épouvante.

Pas de vie dans les rues
Il y a des maisons que l’on croît abandonnées mais qui ne le sont pas. Notez le revêtement de la rue

Je continue ma route tranquillement de l’autre côté du Danube puis, avant d’arriver à un camping à Zatonje en Serbie, je me fais héler en Français par une personne âgée qui a repéré mon drapeau tricolore sur le vélo. Il s’appelle DuŠan et garde une douzaine de moutons. Lui et sa femme ont longtemps travaillé en France. Il me pose beaucoup de questions sur Macron et les gilets jaunes. C’est un homme qui porte la France dans son coeur en dépit des crasses honteuses que la France a infligé à la Serbie lors de la guerre de 1992.

La journée qui s’annonçait devait être là meilleure que j’ai eu jusque là. Le soleil, la température, le vent, les faibles dénivelés et les beaux paysages : Tout y était… J’allais passer dans les gorges de fer. De part et d’autre du Danube, les pentes sont abruptes. Les passages dans la douzaine de tunnels traversés obligeaient à s’équiper en lumière

Avec plus de 90 kms dans les jambes, je suis enfin arrivé à Donji Milanovac en Serbie. La Roumanie est de l’autre côté du Danube. C’est une ville à la soviétique où les immeubles vieillis de la période communiste jouxtent les vieilles habitations. Ce curieux mélange donne un certain charme à la cité

Sur la route, je suis tombé sur une étrange construction. Il s’agissait d’un château en parpaings. Imagine-t-on le Général de Gaulle défendre la France lors de la seconde guerre mondiale contre les nazis avec ce type construction ?

Après un bon repas riche et calorifique composé d’une saucisse  fourrée à la saucisse dans le seul restaurant de la ville où régnait une ambiance glauque puis une bonne nuit de sommeil, je reprends ma route vers l’Est.

Ce soir là, le ciel était parfaitement clair. Une myriade d’étoiles constellaient le ciel ; c’est signe beau temps pour le lendemain et je fus pas déçu.

Je voulais aller à Negotin, dernière ville de la Serbie avant la Bulgarie car dans cette ville où j’allais faire mon jour de repos, l’établissement que je visais disposait de toutes les infrastructures pour les cyclistes.

Pour l’itinéraire, j’avais un choix à faire. Soit je roulais sur du plat tout le long et je rajoutais 45 kms au compteur (115 au final) ou me faire un bon dénivelé de 500 m sur 10 kms. J’ai donc choisi la seconde option. La montée était très raide, très difficile. Il y avait de nombreux serpents sur la route. Par ailleurs, j’étais vraiment dans la campagne profonde.

Si j’ai eu une montée raide, la descente a tenu ses promesses. J’ai réussi à sécher ma sueur en revenant vers les berges du Danube.

Sur ma route, j’ai vu un cimetière totalement délirant à . C’était un vrai concours de celui qui avait la plus grosse tombe.

Dans ce coin de Serbie, les avis d’obsèques sont placardés partout : sur les abris bus, sur des portails, sur des compteurs électriques mais aussi à l’entrée des eglises

Beaucoup de Serbes investissent les bords du Danube avec des installations plus ou moins légales et plus ou moins élaborées.

Au terme de cette journée, je suis enfin arrivé à Négotin. C’est la dernière ville de Serbie avant la Bulgarie. Négotin est une grande ville et j’ai besoin de quelques affaires pour continuer ma route. Comme je l’indiquais plus haut, je suis dans un lieu qui a des installations prévues pour les vélos. Pour ma journée de repos ça sera parfait.

Dans le guest-house où je me trouve, j’ai fait connaissance avec Vachias, un Russe originaire de la péninsule du Kamtchatka (tout à l’Est de la Russie) et qui sillonne les routes du continent depuis 2 ans et il n’a pas fini. Il a été en Asie, en Europe, en Asie Centrale et m’a donné de précieux conseils dans un anglais mâtiné de russe pour la Bulgarie et l’Asie Centrale. Nous restons en contact avec Internet.

Vachias et moi

J’ai passé ma journée de repos à Négotin en Serbie. C’est une ville assez animée qui offre toutes les commodités (magasins, restaurants). Elle a un certain charme pour une ville marquée par le socialisme de Tito.

Grâce à Vachias, je prends conscience qu’être né Français procure de nombreux avantages à l’étranger. Tandis qu’il galère à chaque frontière avec son passeport Russe, ce ne sont que des formalités, parfois tâtillonnes mais jamais très longues, pour moi. L’Euro donne également beaucoup de facilités et peux aider à résoudre bien des problèmes.

Après ma journée de repos, je suis de nouveau en selle pour la Bulgarie qui n’est qu’à 15 kms de Négotin. Je garde un excellent souvenir de la Serbie et surtout des Serbes. Ces gens sont très accueillants et font tout pour aider. J’ai eu l’occasion d’être invité et de passer de bonnes soirées.Le passage n’est qu’une formalité. La douanière me souhaite bonne chance

Je suis accueilli triomphalement en Bulgarie par une baba et son fils dans le premier village que je traverse.

La Bulgarie a été stalinienne avec énormément de zèle. Les villes en portent les stigmates. Peu de constructions anciennes dans les villes. Il y a beaucoup d’immeubles décrépits et délabrés dans le centre des villes. Ceux-ci ont été bien ravagés par le stalinisme. On suppose aussi la pauvreté dans les campagnes ou les villes en observant les gens, les magasins, les maisons etc…

Comme en Serbie, les routes sont assez pourries sauf quelques portions qui ont un trafic dense. J’ai d’ailleurs roulé 50 kms sur ce type de portion au revêtement impeccable mais avec beaucoup de camions qui rasaient car la route est étroite. Ce fut vraiment pénible. A cela, je préfère les revêtements pourris et même les pavés. Il faut avoir une attention constante pour éviter les nids de poules qui sont parfois énormes. Par ailleurs, j’ai croisé plusieurs carrioles tractées par des chevaux ou des ânes.

J’ai bivouaqué pour ma première nuit en Bulgarie. Il n’y avait pas d’offre d’hébergement dans le coin où j’étais et j’avais beaucoup de kms dans les jambes. Je cherche un coin pas trop éloigné de l’eau sur Google maps et j’en trouve un. J’établis mon camp à côté d’une petite usine hydroélectrique désaffectée. Malheureusement, la rivière qui devait couler à côté est sèche. Je cherche un point d’eau ailleurs et j’en trouve un. Je prends mon bidon et fais un km à vélo pour chercher l’eau. Je tombe sur un étang. L’eau est boueuse mais je prends quand même. Je filtrerai… Fort heureusement, j’ai un bon système de filtration mais, je ne pourrai pas me laver. La priorité est de consacrer l’eau à l’hydratation du corps.

Après avoir roulé plus de 90 kms dans la pampa Bulgare sous le cagnard et sans voir de maisons sur presque 40 kms, j’étais heureux d’arriver à Kozlodouy. Je me suis pris un hôtel 3* pour 20€ (En Suisse, j’ai payé 25€ une nuit en camping). Je devais puer. 2 jours sans se laver. Aussi, à l’hôtel, j’ai fait la douche du traveller. Cela consiste à vider totalement ses poches, prendre un savon et rentrer dans la douche tout habillé. On savonne les vêtements sous l’eau, on frotte, rince puis on passe au vêtements suivant jusqu’à ce qu’on soit nu et on finit par se savonner. On met les vêtements à sécher et c’est propre pour le lendemain. Si ce n’est pas tout à fait sec le lendemain, les vêtements auront le temps de sécher quand je les porterai. Bien évidemment, il faut privilégier les matières synthétiques au coton.

Aujourd’hui, je continue ma route vers l’Est. L’objectif sera de rallier Pleven (un nom bien breton pour une ville Bulgare) pour après demain et sans doute un bivouac pour ce soir. On verra bien ce que le chemin réserve comme surprises…

Publié le matin du 8 juin 2021 à Kuzlodouy

11 réflexions sur “De Belgrade (Serbie) à Kozlodouy (Bulgarie)”

  1. On découvre avec vous l’Europe centrale … les carrioles en Bulgarie …la valeur des choses… et on comprend les différences encore marquées entre le niveau de vie des pays européens. Pour moi qui ai voyagé pour Arte dans tous les pays que vous citez, j’ai impression d’y être . Votre récit sur la partie européenne de l’aventure mériterait d’être partagé au retour. Je veux bien animer cette rencontre si vous voulez … Avec la Maison de l’Europe de Rennes , peut être ? Catherine
    ..

    J’aime

    1. Bonjour Catherine. Merci pour votre message. Je n’ai aucun a priori pour ne pas partager mon récit. Utilisez-le comme bon vous semble. Bonne journée à vous. Bonnes bizh depuis la Bulgarie.

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  2. Pour les chiens agressifs (enfin, contre plutôt !), un ami qui a plus ou moins suivi ce même itinéraire à vélo il y a quelques années avait fini par se procurer une sorte de mini taser. Ça peut sembler un peu extrême, mais c’est la seule chose qui s’était avérée efficace pour repousser ces chiens.

    Aimé par 1 personne

  3. Bonjour Laurent
    Félicitations pour tes articles très intéressants et très bien écrits.
    Tout cela mérite un livre !
    Les routes de Serbie sont comparables à celles des pays de l’ancienne URSS
    Bonne route !
    Avec tous mes encouragements
    Amicalement
    Raymond

    Aimé par 3 personnes

  4. Salut Intrépide Laurent ….
    Que d aventures sur ta route…
    On a parfois l impression dy etre..
    Ca a du etre éprouvant bien des fois…
    Du courage et encore du courage tout au long du chemin et un taser serait ideal pour decourager quelques obstacles.
    Je t admire …
    A la suite

    Aimé par 1 personne

  5. Bonjour Laurent,
    Quel plaisir de te suivre sur ton parcours. Tu forces l’admiration. Merci de nous associer à tes découvertes, à tes péripéties…
    Bonne route, bien sûr…
    Geneviève

    Aimé par 1 personne

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