d’Innsbruck à Belgrade

D’Innsbruck à Belgrade.

Mardi soir je faisais mes adieux à Innsbruck. Mon train partait mercredi matin à 00h56. Au préalable, j’avais acheté 2 rouleaux de film alimentaire destinés à emballer mon vélo pour le transport en train. Tout était prêt dans ma sacoche pour gagner le maximum de temps à l’arrivée du train et pour embarquer tout mon « bazar ».

N’ayant plus grand chose à faire, je suis arrivé à la gare vers 22h. J’ai attendu dans la salle d’attente des voyageurs. 

L’ordre et la discipline voire la terreur régnaient dans la gare grâce au travail des agents de sécurité de la compagnie Autrichienne des chemins de fer OBB (Österreichische BundesBahnen). En effet, ces Kapos aboyaient sans retenue sur le moindre individu qui faisait un écart – du masque porté sous le nez à celui qui parlait trop fort. Ce n’est pas seulement le fond de l’air qui est froid en Autriche. Je rêvais de parler avec un compatriote. Pour compenser cette absence, j’ai écouté du Trenet.

Le train, qui arrive de Zurich, est à l’heure. Je dispose de 5 mn pour tout charger. J’entre dans mon compartiment, une jeune fille s’y trouve. Je lui parle en anglais, elle me répond en français : une compatriote. Mon vœu a été exaucé. Elle souhaite passer ses vacances en Croatie mais ne se résout pas à prendre l’avion. 

Je quittais l’ambiance délétère de la salle d’attente pour rejoindre les quais afin de me préparer. J’ai ainsi totalement emballé mon clou. Par la magie du film alimentaire acheté au SPAR, mon vélo s’est transformé en bagage (et non en citrouille).

Les paupières deviennent lourdes avec l’heure et le sommeil devient pesant. Le train n’est pas de première jeunesse et les roulis sont si présents qu’ils empêchent de se lover pleinement dans les bras de Morphée. J’ai réussi à dormir 1h00 en dépit de la porte défectueuse de l’un des compartiment du wagon qui n’arrêtait pas de claquer à chaque cahot. Le jour se lève et les paysages montagneux de l’Autriche se dévoilent. Avec une géographie physique si ardue, je comprends un peu la rudesse du caractère des Autrichiens.

En matinée, c’est le passage en Slovénie ; juste un transit. Les paysages défilent et malgré le beau soleil, je les trouve tristes et fades comme les costumes des contrôleurs du train d’ailleurs. Rien de bucolique, de charmant ou même de flamboyant dans les architectures, dans les villages. Des gens naissent, vivent et meurent dans ces endroits pourtant. Ceci vaut seulement pour ce que j’ai vu depuis les fenêtres du train et je ne voudrais dissuader personne de se rendre en Slovénie.

A la dernière gare de ce pays, le train s’immobilise. La police Croate monte et vérifie les passeports. D’un ton autoritaire, un policier demande le mien. Je suis étonné car la Croatie fait partie de l’UE et de Shengen. Je crois savoir que les valeurs de l’UE ne sont qu’une abstraction, une construction de l’esprit et qu’elles partent en sucette. En outre, il y a bien sûr l’inoubliable coronavirus. Je ne regrette pas de m’être fait vacciner à Joué-lès-Tours car cela ne me joue pas de tour. 

Les policiers sont tatillons avec tous les passagers – fort heureusement, nous n’étions pas nombreux- le train est immobilisé plus d’une demi heure. 

Enfin, le train repart et s’ébranle dans la campagne Croate. La gare de Zagreb, magnifique, apparaît et c’est la fin de cet interminable voyage.

Je décharge mon bazar, remonte le vélo en moins d’un quart d’heure et me rends là où je dois dormir – c’est dans la même rue que l’institut Français. 

J’ai de la chance par la suite car le beau temps est avec moi. A vélo, à pied, je déambule dans les rues de Zagreb de façon totalement aléatoire. 

Au lieu de profiter de Vienne, je profite de Zagreb (800 000 hab, capitale de la Croatie). Je bénéficie d’un beau temps. C’est parfait pour reprendre de l’énergie et du gras dans les restaurants.

Ce n’est pas très facile d’être cycliste à Zagreb : les pistes sont minuscules et s’interrompent brusquement, et cela, sur des revêtements en mauvais état. Bref, il faut avoir des habitudes que je n’ai pas eu le temps d’acquérir. Il y a le tramway et ses rails dans lesquels il est si facile de coincer une roue et de chuter ; cela est d’autant plus facile que le revêtement est de très mauvaise qualité à côté des rails.  La règle est de rouler sur le trottoir autant que possible. Les automobilistes et les chauffeurs de transports en commun ne font pas de cadeaux. Quand elles existent, les pistes sont installées sur le trottoir et sont minuscules.

Zagreb a son Montmartre, cela s’appelle le « Strossmartre ». Comme à Paris, c’est une colline sur laquelle se trouve l’église St Mark et son toit si particulier. On peut y accéder par le plus petit funiculaire du monde (66 m) pour une somme de 4 HRK (0,53€) mais c’est abuser vu le dénivelé. De là haut, pour peu qu’on monte en haut de la tour Lotrscak, on dispose d’un panorama unique sur la ville.

Et puis viens le moment de repartir pour reprendre ma route.

Le trajet vers Belgrade se fera en car ; il n’y a pas de train.

De nouveau, il faut acheter deux rouleaux de film alimentaire pour emballer le vélo.

Le car arrive, j’ai beaucoup de bagages – le chauffeur fait la gueule. Je lui glisse 5€ et il retrouve le sourire. Le véhicule s’ébranle, direction Belgrade.

Et puis tout s’arrête à la frontière. Il faut sortir le passeport et les documents covid. C’est long, très long. Je montre mon passeport et le QR code de mon vaccin depuis l’application TousAntiCovid©. La douanière ne comprend rien, elle laisse passer d’un geste de la main. Cette application de notre bon gouvernement ne m’aura jamais autant servi qu’en dehors de la France. Mon dernier test PCR date d’Altkirch en Alsace et depuis, j’ai traversé 6 frontières. Je ne remercierais jamais assez le gouvernement français d’avoir fait une application aussi peu compréhensible pour les étrangers. En passant la frontière, je viens de quitter l’UE que je retrouverai en Bulgarie.

Il n’y a pas de décalage horaire entre la Serbie et la France. Le soleil se lève vers 4h et se couche à 20h.

Belgrade. La chaussée est pourrie et mal entretenue, les bus sont hors d’âge mais cela donne un charme brejnevien à la ville. Les trolley bus, croisent les tramways et les bus dans un joyeux bordel.

Il n’est pas évident d’être piéton à Belgrade et les attentes sont longues aux feux pour laisser passer le flux des autos. Le piéton attend 100 secondes au rouge et dispose de 20 secondes pour traverser (il y a des compteurs sur les feux). A certains carrefour, il y a des passages souterrains assez glauques qui permettent au piéton de gagner du temps en passant sous la chaussée.

La ville est pleine de passages (comme les traboules à Lyon) dans lesquels se trouvent des boutiques. Dans chaque cour d’immeuble, il y a des boutiques.

Ici, il y a de la vie. Les terrasses sont pleines et les gens n’ont pas l’air de se préoccuper du coronavirus ; je vois des gens rentrer dans les cafés sans le masque et les serveurs l’ont en dessous du nez. Les Belgradois se foutent totalement du corona. Il y a bien des affiches dans les établissements obligeant au port du masque mais tout le monde s’en fout y compris le personnel. De fait, ça fait un bien fou de revoir la vie normale. Même la Suisse que j’avais trouvé dilettante sur la question n’est pas au niveau de la Serbie. Et le chemin n’est pas fini. 

Comme à Zagreb, je loge dans le quartier branché et juste à côté de l’Institut Français… D’ailleurs, c’est le drapeau Français qui me sert de point de repère… Le hasard fait bien les choses.

Une des premières choses que j’ai fait à Belgrade à mon arrivée fut de me rendre au musée de la Yougoslavie qui n’est autre que le mausolée du maréchal Tito. Tito fut le dirigeant de la Yougoslavie jusqu’en 1978. Les partis étant interdits en ex-Yougoslavie, Tito peut-être considéré comme un dictateur ; pour autant, il rentre dans la catégorie des « éclairés » dans la mesure où les Yougoslaves étaient les plus libres dans les pays du bloc soviétique. 

Tito et moi

Il libère la Yougoslavie des oustachis et des nazis avec ses troupes sans l’aide de Staline. Il est le seul dirigeant socialiste à s’être opposé publiquement et diplomatiquement à Staline. En parallèle, il noue un dialogue avec JF Kennedy. Tito sait tirer les marrons du feu tant du côté Est que du côté Ouest. 

En outre, Tito est surnommé le « Pacha » en Yougoslavie ; il s’est construit des palais dans chacune des fédérations et passe du temps dans chacun d’entre eux afin d’unifier le pays.

Cette question d’unité est primordiale dans les Balkans et nous n’avons pu qu’assister à l’absence d’unité lorsqu’éclata la guerre de Yougoslavie en 1991. Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui regrettent le Maréchal Tito – ce sentiment diffus se nomme la « Yougonostalgie ». J’ai pu le constater au mausolée ; je n’y ai pas vu de personne de plus de 60 ans ; le public était même assez jeune (- de 30 ans).

Les Belgradois ne regardent pas la télé à la maison le soir. Les rues grouillent de monde ! Ils sont attablés aux terrasses ou à marcher dans les rues de la ville. Étant logé dans l’artère commerçante, je suis sorti et je me suis laissé porté par la foule sans savoir où j’allais. Bien vite, cela menait aux fortifications de Belgrade qui ont mis 17 siècles à être construites. C’est aussi le plus grand parc de la ville ; les couples s’y baladent, les plus anciens s’y promenent et les plus jeunes y écoutent de la musique, discutent entre eux ou draguent. C’est aussi un lieu magnifique qui offre une vue panoramique sur la ville et plongeante sur le Danube.

À Belgrade il y a de curieux mélanges. La ville est partagée entre plusieurs cultures et le communisme de Tito y a laissé son empreinte notamment avec le béton et l’art brutal, le cyrillique se mêle au byzantin, les immeubles cossus aux constructions décrépies voire abandonnées. Même les transports en commun témoignent de cet état de fait ; les bus modernes roulent parmi des tramways hérités de la Yougoslavie.

Dimanche, j’ai eu l’opportunité d’etre en relation avec l’ambasade du Kazakhstan. A cette occasion, nous avons brunché dans un restaurant situé dans les beaux quartiers de Belgrade. Toute la bonne société de la ville y défilait. Je suis donc entré dans un bout du Kazakhstan loin du Kazakhstan. Ce fut plus ou moins la même chose l’après midi mais avec la France et en buvant un verre. En effet, jouxtant l’Institut Culturel Français se trouve un café nommé : »le Bistrot Français » appartient à la France.

Lundi, j’attendais l’ouverture d’un magasin de cycle à Belgrade pour racheter un compteur kilométrique puisque j’ai dû perdre celui que j’avais. Mon achat effectué, je roule et au bout de 300 m, la vis qui fixe la selle à la tige de selle casse net. Impossible de faire du vélo sans la selle ! Dans mon malheur, j’ai beaucoup de chance car je suis proche du magasin. Cette mésaventure aurait pu m’arriver au milieu de la pampa. Toute chose concoure au bien pour celui qui se confie à l’Éternel…

Et voilà que la semaine de relâche s’achève. Demain, je reprends le vélo en direction de la Bulgarie que j’attendrais d’ici quelques jours. Je ne sais pas si je pourrais publier mardi prochain. Tout dépendra de mon accès à Internet.

4 réflexions sur “d’Innsbruck à Belgrade”

  1. Je m’étais posé la même question en entrant en Croatie en train, pourquoi le passeport, et en fait c’est plus compliqué que je ne le pensais. La Croatie fait en effet partie de l’Union européenne, mais elle ne fait pas encore partie de l’espace de Schengen. C’est en cour et ça devrait être le cas en 2024.
    Bonne route Laurent. Ça fait du bien de lire à nouveau des histoires de personnes qui voyagent 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Merci …
      Ca doit etre merveilleux d être dans un pays qui a su conserver les vestiges de son passé …et ne se laisse pas intoxiqué par des mesures et un climat anxiogène ( a dessein )
      Au plaisir de te relire ..
      Et bravo
      Samuel

      Aimé par 1 personne

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