De Constance à Innsbruck

L’itinéraire de la semaine

À mon lever à Constance tout allait bien. Le soleil brillait sur le lac et le vent était d’Ouest. Je repris ma route vers l’Est en contournant le lac par le Sud.

Les ports sont fait pour abriter les bateaux lors des tempêtes. Parce qu’il y a des tempêtes sur le lac de Constance ?

Se faisant, je contournais toutes les restrictions liées au coronavirus en Allemagne. Les Suisses sont si paisibles sur cette question que je tenais à en profiter le plus possible. Et puis vint la frontière Autrichienne. Mon premier geste fut de me rendre dans un supermarché Hofer pour y faire quelques courses et surtout, acheter une carte internet. Sorti de là, je suis entré dans le premier café pour y activer ma carte. La première chose qu’on me demanda avant toute chose fut mon test PCR – mon certificat de vaccination leur convenait mieux. Ce rituel se répéta chaque fois que j’entrais dans un établissement. Une fois qu’on a montré patte blanche, on est plus vraiment embêté.

Je repris mon vélo vers les montagnes du Tyrol. J’ai eu 5-10 kms de plaine après la frontière et ensuite, ça montait à n’en plus finir ; je n’ai fait que m’élever toute l’après midi en cultivant l’espoir d’une descente – du moins d’un plat, surtout en fin de journée. Pour toute réponse de mes implorations, je n’ai eu qu’une averse de grêle, si douloureuse quand les grêlons me tombaient dessus que j’ai dû me protéger sous un arrêt de bus.

Des grêlons bien sympathiques.

Après avoir bravé des conditions épouvantables, j’ai trouvé un petit camping à la ferme à Lingenau. Entre la pluie qui tombait et les clochettes des chèvres, la nuit fut courte. Le lendemain matin, la montagne était bouchée par les nuages et bien sûr, il pleuvait. Vers 11h00, une accalmie me permit de plier. J’ai pu reprendre la route vers 12h15.

Ça continuait de monter, toujours et encore. Pour me rassurer, je me disais que je ne pouvais pas monter comme ça jusqu’au ciel. Je croyais voir la fin de ce  calvaire après chaque courbe mais ce ne fut qu’un prolongement de la côte à chaque fois. Le moral en prenait un coup à chaque fois. Je voyais de la neige dans les champs que je dépassais et ça montait encore. Des panneaux annonçaient une déclivité de 16% ce qui est tout simplement monstrueux – au Tourmalet, la déclivité maximale ne dépasse pas 11% !!! Avec mon chargement, ce fut un vrai chemin de croix. Debout sur les pédales, je donnais 100 coups de pédales, je m’arrêtais reprendre mon souffle et ainsi de suite. La neige était de plus en plus présente, mais la pente s’amoindrissait. J’étais au col de Riedberg, frontière Austro-allemande.

J’en avais tant bavé que j’étais heureux d’être là. Considérant avoir fait largement mon quota, je ne voulais plus de côte jusqu’à la fin de la journée – cette volonté reste souvent un voeu pieu. La descente fut raide pour mes freins mais, au final, je suis arrivé dans la vallée où je traversais de magnifiques villages Bavarois faits de chalets en bois. A chaque instant, je m’attendais à voir Heidi traverser la route. Toutes ces impressions étaient renforcées par les prés garnis de fleurs jaunes, banches et violettes. Un vrai paysage idyllique.

Étant en Allemagne, tout était fermé et je me suis mis en quête d’un endroit sympa pour la nuit. C’est alors que j’ai trouvé une prairie traversée par un ru. En outre, il n’a pas plu de la nuit. Mes efforts avaient été récompensés…. La soirée a été magique. Un chevreuil s’est même approché de mon campement.

Avec un beau soleil, j’étais plein d’entrain et c’est ainsi que j’ai gravi un nouveau col qui me fit repasser en Autriche. Je me suis arrêté dans un charmant village bavarois pour y faire une pause. Je buvais mon café en terrasse et c’est alors que j’ai vu un couple habillé à la bavaroise devant la mairie (rathaus).

Madame portait une longue jupe avec une chemise vichy tandis que monsieur portait la fameuse culotte de peau avec le petit chapeau orné d’une plume de faisan. Ce dernier n’a pas été jusqu’à se taper successivement les cuisses, les talons et les mains. 

L’objectif de ce jour était de rejoindre Reutte et j’y parviens malgré le froid et la pluie. Avant d’y arriver, je fais une pause dans une boulangerie (bäckerei) pour y prendre un café. Devant moi, il y a un exemplaire du TirolTagesZeitung, un quotidien régional tyrolien du type Ouest-France. Même si je ne comprends rien à l’allemand, je le feuillète, regarde les images jusqu’à ce que je tombe sur les petites annonces. Quelque chose m’intriguait alors et je fais traduire avec mon téléphone. Et je découvre des petites annonces pour des armes à feu sur trois colonnes !

Je sais que nous sommes dans un pays qui cultive une longue tradition autour de la chasse, que Carl Maria Von Weber était largement inspiré par la Bavière et le Tirol lorsqu’il a composé son opéra Der Freichutz (programmé cette année à Innsbruck) mais quand même, trois colonnes!!!

L’arrivée à Reutte s’est faite sans encombre et sans pluie. Mais voilà que vers 3-4h du matin. La pluie tombe et me réveille. Il fallait que je fasse 80 km pour rallier Innsbruck.

Le lendemain, je reprends la route mais, au bout d’une dizaine de kilomètres, je me sens trop fatigué : les mauvaises nuits cumulées, les conditions météorologiques exécrables et mon genou. Il est évident que j’aurai eu plus de souffrance que de plaisir sur cette portion de route. 

Besoin de dormir, besoin de repos et besoin de manger riche et gras. Je fais demi-tour pour me rendre à la gare de Reutte et je prends un billet pour Innsbruck. Inutile de se compromettre.

Au final, la pause va durer plus d’une semaine…

En effet, la Hongrie est toujours fermée à cause du coronavirus et le transit y est interdit. Or, j’avais prévu de passer par Vienne, Bratislava, Budapest et Belgrade. La seule solution trouvée étant de prendre le train (11h de trajet) pour Zagreb depuis Innsbruck puis rejoindre Belgrade en car (17h00). Tout ceci est bien fâcheux mais ce sont les aléas du voyage. 

Le temps que j’avais prévu pour visiter Vienne, je le prendrai pour Zagreb. Et les choses reprendront normalement leur cours à Belgrade.

Régulièrement , la presse française nous culpabilise à propos des langues étrangères. On y lit que le français serait absolument nul à propos des langues étrangères lorsqu’il s’agit d’accueillir des étrangers. Étant étranger dans d’étranges pays, je veux rassurer ici mes compatriotes français. Je ne sais pas si nous sommes les meilleurs mais je sais que nous ne sommes pas les pires. Mise à part la Suisse où j’ai rencontré trois quatre personnes qui parlaient français (le français est l’une des langues officielles de la Suisse) mais pour le reste, c’est-à-dire en Allemagne et en Autriche, dans les commerces ou ailleurs, personne ne parle français ni même anglais. L’outil de traduction de Google m’est très utile car je parle autant allemand qu’une vache espagnole.

De même, il est faux de croire que les automobilistes Allemands et Autrichiens sont plus respectueux que les Français. Pour l’avoir testé, il n’en est rien ! Certes, nos amis teutons disposent d’infrastructures cyclables de bonne tenue mais ces dernières ne servent qu’à retirer cyclistes et piétons de la circulation afin de maintenir le flux. Lorsqu’ils bâtirent les autobahns, le nazis constatèrent que vélos et piétons ralentissaient les convois militaires d’où cette idée de piste cyclable.

Même les feux de circulation obéissent à cette règle. Ainsi, avant de se mettre au vert, le feu passe à l’orange afin que tous se préparent.

C’est en Suisse que j’ai trouvé des conducteurs respectueux et des infrastructures cyclables d’excellente qualité.

Pour finir sur ces questions de circulation, il y a quelque chose de très énervant quand on est piéton : il faut attendre que le petit bonhomme soit vert pour passer. Pour ma part, ça m’énervait tellement que je traversais là où il n’y a pas de passage mais cette technique tombe à l’eau aux carrefours.

La Bavière et le Tyrol sont des terres très catholiques. D’ailleurs, Josef Aloïs Ratzinger, le pape émérite Benoît XVI vient de cette région. Ainsi on trouve des chapelles et des calvaires un peu partout, sur certaines maisons sont peintes des scènes religieuses, j’ai même vu une poignée de porte en forme de croix et une croix devant une caravane dans un camping.

Une poignée de porte qui en jette.

Enfin, je crois avoir vu le plus beau cimetière de ma vie à Innsbruck – des cimetières, j’en ai vu ! Il est arboré à souhait et faussement anarchique et entièrement ceint d’un cloître. Des tombes sont placées dans le cloître et les corps sont inhumés en soulevant de larges grilles.

L’intérieur du cloître
Les tombes placées dans le cloître. Les corps rejoignent leur dernière demeure grâce aux grilles qui sont au sol.
On aperçoit les enfeux à travers la grille

Voilà un petit aperçu de mes pérégrinations teutonnes. La prochaine fois, je serai en Serbie.

Ceci est la synthèse de l’esprit Germain. La banque est au rez-de-chaussée, la religion au 1er étage pour contrôler le RdC et le tout est chapeauté par l’aigle impérial. Bismarck serait heureux.
Innsbruck

PS : voici le lien d’un article concernant mon aventure : https://novastan.org/fr/insolite/rennes-almaty-a-velo-la-folle-aventure-dun-breton/

Publié le mardi 25 mai 2021 à Innsbruck sous un soleil radieux.

2 réflexions sur “De Constance à Innsbruck”

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