De Sémur-en-Auxois à Constance (Suisse).

Voici l’itinéraire de la semaine écoulée :

https://www.google.com/maps/d/u/0/edit?hl=fr&mid=1SDwszSp3Li14aqN7qeQ_TcdM4GjQnkgt&ll=46.91347708166215%2C8.698130704069195&z=7

Tout d’abord, je remercie toutes les personnes qui se sont abonnées et qui ont laissé des messages sympathiques qui m’ont donné beaucoup de réconfort et de chaleur durant cette semaine très très pluvieuse.

A la suite, les collines s’adoucissaient tranquillement et les villages avaient perdu de leur charme. Certes, les clochers se paraient de belles ardoises mais les maisons avaient des murs gris. La Bourgogne était derrière moi.

Baigneux-les-Juifs

En quittant Semur en Auxois, j’étais proche de quitter la Bourgogne et ces villages aux noms tout autant prestigieux qu’etranges : Echalot, Etalante, Salive, Epoisses. Baigneux les Juifs fut la dernière ville de cette région que je traversa. Je m’y suis posé afin de me reposer et de profiter de ces maisons en pierre ocre dans un village charmant. Et je repris ma route. Quelques collines et vallées plus loin, je vis une petite rivière lovée au fond d’une colline et s’écoulant dans un cadre bucolique. C’était la Seine, loin du cadre délirant et totalement urbanisé de la région parisienne. Feu Jacques Chirac aurait largement pu tenir sa promesse en ce lieu.

La Seine

Je pense que la Bourgogne représente l’âme de la France d’où s’échappe une certaine douceur de vivre que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Les villages sont préservés, la lumière superbe et les paysages, composés de collines, sont agrestes, même si parfois il y a de très grands champs.

J’étais au pied d’une grande côte avant de rejoindre Selongey (ville de l’usine Seb) quand des hallebardes se sont abattues sur moi. Je me rassurais en pensant à la douche chaude que j’aurai à l’arrivée. Hélas, mes espoirs furent douchés car tout était fermé. Le temps de prendre de l’eau au cimetière, je me suis rabattu sur un hangar agricole pour bivouaquer la nuit.

Les collines me menant vers Vesoul étaient douces. J’ai même fait les vingt derniers kilomètres sur du plat – un bonheur que je n’avais pas goûté depuis longtemps.

Je me suis installé à côté du lac de Vaivre. Il faisait beau et le soir, je me suis endormi paisiblement en songeant à ce que j’allais faire le lendemain sachant que je ne roulerai pas.

Cygne et cygneaux sur le bord du lac de Vaivre

Malheureusement, il a plu toute la journée du lendemain sauf quelques heures l’après-midi. Le soir et la nuit, il s’est remis à pleuvoir.

Par dépit, j’ai pris un billet de train pour Altkirch. Ça tombait bien puisque je devais faire un test PCR pour mon entrée en Suisse et j’allais être sûr d’être à l’heure pour le réaliser. C’est en me rendant à la gare le matin que j’ai vu le centre de Vesoul – je cherchais un magasin de cigarettes électroniques que je n’ai pas trouvé. Des racailles m’ont abordé, on a discuté et elles m’ont souhaité bon courage. J’étais touché.

Le village alsacien d’Altkirch est très joli. Parfois j’y entendais l’accent alsacien qui, à s’y méprendre, ressemble à l’accent trégorrois. Une réminiscence de la Bretagne à l’autre bout de la France.

J’ai bénéficié d’un temps clément pour mon dernier jour en France. 

La nuit a été tranquille et je me suis remis en selle à travers les villages Alsaciens. Puis je vis le poste frontière Suisse vide. De la frontière jusqu’au lac de Constance, j’ai n’ai pas du tout été contrôlé, y compris lorsque je suis passé furtivement dans l’Allemagne confinée. D’ailleurs, ce n’était pas évident de matérialiser les frontières. Je me suis senti ridicule lorsque je demandais à un gars : « Here, is Deutshland ? » – il me répondit : « No, is Germany »…

J’ai découvert Basel (Bâle) sous un ciel clément. La recherche d’une batterie de cigarette électronique (que je n’avais pas trouvé à Vesoul) m’obligeait à visiter la ville. L’architecture des bâtiments est très belle mais, ce qui frappe la vue sont les innombrables cyclistes qui circulent. C’est une constante qui m’a suivi jusqu’à Konstanz (Constance). 

Basel (Bâle)
Basel (Bâle)

En Suisse, les cyclistes sont largement plus considérés qu’en France. Les pistes sont larges, pour la plupart goudronnées et interdites aux véhicules motorisés (sauf les tracteurs), il y a des panneaux indicateurs et des signalisations spécifiques aux cyclistes, on trouve des stations de réparation et de gonflage un peu partout ; sur les axes prioritaires, la piste garde la priorité sur les axes secondaires contrairement à la France et enfin, il y a même des aires de repos pour les cyclistes. Tout ceci en ville comme à la campagne. Les Suisses font beaucoup de vélo quelque soit le temps et pas seulement pour le sport mais pour se déplacer. C’est à l’aune de ces aménagements qu’on prend conscience de l’arriération de nos dirigeants français sur cette question.

Une belle piste goudronnée dans les bois
La piste cyclable garde la priorité
Une aire de repos pour cycliste

Par ailleurs, on trouve des poubelles absolument partout y compris dans les campagnes avec le petit sachet à disposition pour ramasser les crottes de chien

Il y a des poubelles de ce type un peu partout

Près des villes, il y a des petits jardins qui font penser aux jardins ouvriers en France. Certains sont situés à côté des voies de chemin de fer. Les légumes poussent à moins d’un mètre des rails sans grillage pour séparer le rail du jardin : impensable en France ! Les dirigeants Suisses considèrent-ils leurs habitants comme des grandes personnes responsables ?

Les jardins près des rails

Souvent, dans les villages Suisses, il y a deux cimetières tout comme il y a deux églises : un pour les catholiques et l’autre pour les protestants. Ils sont composés de petites tombes, parfois que d’une stèle. Les cimetières Suisses sont très verts et contrastent avec l’aspect minéral des cimetières Francais.

Alors que je roulais à côté de petites usines, je pris dans le nez des bouffées de chanvre que recrachait une usine. Je fus surpris mais il me revient à l’esprit que la Suisse avait légalisé le CBD, la substance apaisante du cannabis.

Pendant mon parcours, des pancartes fleurissaient dans les jardins quant à une votation sur l’utilisation de pesticides dans l’agriculture. Sans prendre part au débat, j’enviais les Suisses de décider par eux-mêmes ce qu’ils souhaitaient pour leur pays. Je notais aussi la vivacité du débat démocratique.

Tel un saumon, j’ai remonté le Rhin. C’est un fleuve majestueux et grandiose et je comprends qu’il a pu inspirer la tétralogie du Niebelung de Wagner. Les chutes du Rhin près de Schaffhouse sont absolument superbes. C’est un spectacle ébouriffant. Contrairement à la Loire qui est indomptable, le Rhin est discipliné comme le sont les Rhénans. Les fleuves seraient-ils une synthèse du caractère des peuples ?

Chute du Rhin
Chute du Rhin

Lorsque je suis arrivé près de Constance, j’ai été surpris de voir une succession de stations balnéaires, des planchistes d’eau douce, des ports et des bâteaux. Le soleil ajoutait une touche estivale. Cela étant, il manquait les plages de sable et les canards avaient remplacé les mouettes. De même, les vagues qui s’échouent sur le rivages ne sont jamais très hautes car elles sont produites par le vent et non la marée. Toutefois, cet ersatz de mer entouré de collines et de villages est magnifique.

Un port sur le lac de Konstanz
Véliplanchistes sur le lac de Konstanz

C’est donc sur le bord de lac que je me suis installé pour deux nuits.

Vu les dernières journées où la pluie était largement plus présente que les moments sans pluie (mon K-way n’a pas séché dans la nuit du 16 au 17) ce repos est largement mérité. D’ailleurs, c’est à la suite et à cause des pluies que j’ai eu mon premier souci mécanique. C’est à cause des saletés qui se collaient par la pluie sur le mécanisme de la roue de ma remorque que celle-ci s’est détachée lorsque j’ai tourné sur un angle à 90 degrés. J’ai perdu mes freins arrière dans la bataille que j’ai remplacé le soir même.

Pour finir, les Suisses sont des gens bien tranquilles. Cela peut s’entendre quand cette population vit essentiellement dans des lieux apaisants tels les bords de lac ou les montagnes. Pas d’engin à pétarader dans les rues, pas d’éclats de voix. On peut laisser son vélo sans attache, il ne sera pas volé. Ils soignent également beaucoup leur jardin dans lesquels on trouve à coup sûr des érables du Japon rouge (acer dissectum palmatum rouge). Sur ma route, je n’ai pas vu plus de 10 jardins mal entretenus. Il y a aussi une fixation des Suisses sur le bois. Chaque maison exhibe ainsi son tas de bois, soit rangé à l’abri sous le toit soit disposé de façon un peu plus artistique dans le jardin. 

Il y a de nombreuses autos luxueuses en circulation et la plupart des Suisses roulent en vélos électriques.

Je craignais d’être mal vu en tant que Français mais au lieu de dire « Ich bin Frankreich » (je suis Français), je dis « Ich bin ein Breton aus Frankreich » (je suis un Breton de France) et ça passe beaucoup mieux – on me parle de St Malo et du golfe du Morbihan aussitôt.

Voilà un petit aperçu de ma semaine pluvieuse écoulée.

Petite nouveauté pour les semaines à venir. Apprendre un poème par semaine. J’inaugure avec Oceano Nox de Victor Hugo.

J’espère que la lecture n’aura pas été trop fastidieuse et à mardi prochain.

Le lac de Konstanz

Une réflexion sur “De Sémur-en-Auxois à Constance (Suisse).”

  1. De bien belles images de ton periple…
    Merci de partager ton voyage et de si belle manière…
    C ‘est un régal de te lire …

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