Pourquoi ce projet ?

Vendredi 26 mars 2021 – Rennes (France)

Cette idée de faire tout ou partie de la route de la soie depuis ma Bretagne natale était en moi depuis très longtemps.

Cette route mythique tracée par des hommes depuis des millénaires serpentant à travers les plaines et les montagnes, longeant les fleuves et les rivières, se jouant des frontières, des états, des royaumes et des empires qui se sont construits ou effondrés sur son chemin en laissant pour héritage des grandes cités mythiques telles Bukhara, Samarqand, Mary, Mashhad, Istanbul ou encore Herat.

Si la Route Nationale 7 évoque le soleil et les vacances pour beaucoup, la route de la soie est une vraie ode à l’aventure et à la découverte d’autres cultures.

Outre les nombreux ouvrages que j’ai pu lire à ce sujet, ce fut également des heures passées à déchiffrer et décrypter les cartes ; à essayer d’en déduire la rudesse des paysages par la densité des villes et villages ; à supposer les récifs montagneux avec les courbures des fleuves, des lignes routières et liaisons ferroviaires. Mais il y manquait toujours quelque chose : découvrir physiquement la réalité géographique et paysagère par la force du mollet.

Faire la route de la soie à vélo ne s’improvise pas. Cela prend beaucoup de temps et le temps est une chose tellement précieuse que tout le monde court après. Je me mis à songer à cette route pour ma retraite. Mais en aurais-je encore la force après 60 ans ? Serais-je encore vivant ? Sera-ce encore possible dans nos sociétés qui évoluent vite et pas nécessairement dans le bon sens ? Pour exemple, il n’est plus vraiment possible de se balader en Afghanistan aujourd’hui en raison de l’instabilité politique de ce pays et c’est bien dommage car j‘aurais tant aimé franchir le col du Khunjerab (Pakistan) qui culmine à 4693m.

Une opportunité s’est glissée dans ma vie et je l’ai saisie. Dès lors, je dépliais derechef mes cartes avec ardeur pour y dessiner un itinéraire grossier qui s’affina avec le temps et s’étoffa même de quelques variantes. A l’époque, je travaillais beaucoup mon projet au bar attenant à la bibliothèque des Champs Libres à Rennes. A cette occasion, j’avais rencontré deux gars qui bâtissaient également un itinéraire à vélo depuis Rennes pour le sud de la Chine. Nous échangions beaucoup sur nos projets respectifs.

Les différentes routes de la soie

Initialement, j’avais prévu de me rendre à Ulaanbaatar (Mongolie) en passant par le Xin Jiang et Urumqi. L’itinéraire avait même été travaillé. Malheureusement, il aurait fallu que je partisse dès janvier afin d’éviter de rouler en Mongolie avec des températures négatives toute la journée. De plus, la situation politique au Turkestan Chinois est délicate – on parle de la répression des Ouïghours. Les forums de voyageurs alertent sur le pointillisme des autorités Chinoises à la frontière Kazakh – le passage dure une demi-journée et les douaniers prennent le téléphone du voyageurs pour y installer des logiciels malveillants permettant de pister ; quelle réalité ? Pour éviter ce genre de tracasseries, je me suis décidé à arrêter le trajet à Almaty car c’est la dernière grande ville avant la frontière Chinoise.

La date était posée. Je me décidai de partir en 2020. Hélas, ce n’était pas la bonne année car le COVID19 bouleversa mes projets. Avec autant d’incertitudes à l’époque, il paraissait risqué de partir. J’ai donc reporté le projet sine die. Les deux gars évoqués plus haut également ; malheureusement, ils ne disposaient que de l’année 2020 pour réaliser leur voyage.

Environs de Toktogul (Kirghizistan)

De confinement en couvre-feu, d’attestation en gestes barrière, de conférence de presse du conseil sanitaire en déclaration martiale du président épidémiologiste de la république, tout est fait pour inciter à la peur et au repli sur soi. Contre toute attente, je me suis décidé à partir envers et contre tout et, à fixer sur le calendrier une semaine de départ – ça sera celle qui suit Pâques. Déterminé, rien ne m’empêchera de partir, pas même un confinement. Je dois franchir le col de Too Ashuu qui culmine à 3586 m au Kirghizistan et si je tarde trop, il sera pris par les neiges. Mais ce col ne sera pas grand-chose au regard des règles sanitaires des différents pays traversés avec lesquelles il faudra jouer et parfois perdre – être coincé une dizaine de jours en bordure de frontière pourra être la punition. Emprunter des petites routes pour se faire discret, traverser successivement des exclaves sur les bords du Rhin pour se jouer de la géopolitique (136€ le test PCR en Suisse) et peut-être même soudoyer des douaniers sous-payés ; bref, il faudra faire feu de tout bois mais ça fait partie de l’aventure.*

En discutant de mon projet à un ami, j’ai appris que Rennes, ma ville natale, était jumelée avec Almaty, mon point de chute. L’occasion faisant le larron, je me mis en contact avec le comité de jumelage et j’ai fait connaissance de Jeanne, une vraie Kazakh dont les parents, si amoureux de la France, lui ont donné son prénom en référence à Jeanne d’Arc. Me voilà presque devenu ambassadeur de Rennes par le truchement de ma balade.

Outre la France, je passerai dans 15 pays à vélo : Allemagne, Suisse, Autriche, Slovaquie, Hongrie, Croatie, Serbie, Bulgarie, Turquie, Iran, Turkménistan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizistan et Kazakhstan. Le retour en France se fera par le Transsibérien que j’attraperai à Petropavl, au nord du Kazakhstan. Bien évidemment, je ferai une halte de 5-10 jours à Moscou où j’ai prévu de faire du vélo dans la neige s’il y en a.

Voilà donc une description sommaire de la naissance de mon projet.

6 réflexions sur “Pourquoi ce projet ?”

  1. Quel courage ! Bravo d’oser…
    L’Ouzbékistan est un pays magnifique et Boukhara et Samarcande, deux joyaux, très heureuse de pouvoir vous suivre.

    J’aime

  2. Bon courage pour la route. Votre itinéraire doit être déjà fixé mais, si c’est possible, je me permets de vous recommander
    de passer par les bords de la Caspienne (changement complet de paysages) entre Tabriz et Téhéran (ou Tabriz et Machad) et de sortir du Turkménistan par Khiva, perle du déert, avant de rejoindre Boukhara.

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s